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La coopération peut-elle sauver les politiques culturelles ? 14 janvier 2019

La coopération peut-elle sauver les politiques culturelles ?


La question de la coopération traverse l’histoire des politiques culturelles. Avec le temps, le sujet n’a cessé de s’enrichir de nouvelles déclinaisons. Pourquoi l’époque actuelle fait-elle autant résonner un besoin de coopération ? Au-delà de toutes les raisons qui font de la coopération un principe permettant aux politiques culturelles de gagner en efficacité, que révèle en second plan cet impératif de l’état actuel des enjeux culturels ? Dans la période de transformation accélérée qui est la nôtre, il y a urgence pour l’ensemble des acteurs culturels à progresser dans cette voie.

À l’origine, les politiques culturelles ont été conçues en tournant le dos d’emblée à un principe coopératif essentiel puisque culture et éducation populaire ont été dissociées. Une erreur originelle dont le coût politique et social se fait encore sentir. Néanmoins, la mise en place dans les années 70/80 de démarches de contractualisation entre l’État et les collectivités territoriales a permis de remarquables avancées. Grâce à cette « ambition partagée » on a pu construire des théâtres, des bibliothèques... Si cette coopération a été le « roi secret » du développement des politiques culturelles, quel pourrait être celui d’un nouveau modèle culturel en phase avec les changements actuels et toujours imprégné du souci de l’intérêt général ?

Coopérer signifie « faire oeuvre avec ». On s’amusera cependant d’un sens premier qui associe l’idée de coopérer avec l’idée de grâce… Discipline d’amour divine, la grâce coopérante nous apporterait du bien-être… Richard Sennett définit la coopération comme « un échange dans lequel les participants bénéficient de la rencontre ».

Mais pourquoi coopère-t-on ? Pour des raisons éthiques ou des raisons pratiques ? L’un et l’autre sans doute. On coopère par solidarité, esprit de responsabilité, souci d’efficacité, parce que c’est souvent la meilleure manière d’aller plus loin, là où l’intérêt personnel est subsumé par l’intérêt commun. La coopération témoigne de la prise de conscience de nos interdépendances. Cet aveu de faiblesse est en réalité une force. Dans un ordre d'idée autre mais inspirant, Jeremy Rifkin soutient que la 3e révolution industrielle sera celle de l’économie coopérative symbolisée par la mise en réseau des productions énergétiques locales.

Au bout du compte, il n’y a pas acte plus culturel que celui de coopérer. Dans la coopération, on est amené à connecter des cultures, des savoirs, des valeurs, des savoir-faire. Toute culture ne demeure vivante que si elle coopère, échange, emprunte à d’autres cultures. La coopération est un acte d’intelligence collective, quoiqu’elle n’exclue pas la compétition entre les associés. C’est un trait de notre époque qui voit la coopération et la compétition se conjuguer en « coopétition ». Chacun trouvera peut-être dans ce paradoxe le reflet de sa propre expérience… La coopération n’est donc pas sans risque. Elle présuppose un principe d’équité. Elle appelle sinon de la sympathie entre les protagonistes, du moins une posture d’empathie qui entraîne à travailler à partir des objectifs de l’autre. R. Sennett va plus loin lorsqu’il soutient qu’« un manque de compréhension mutuelle ne devrait pas nous empêcher de nous engager avec d’autres ».


Nouveau catéchisme ou programme d’avenir ?
Depuis un demi-siècle, l’idée de coopération s’est traduite dans un lexique écosystémique toujours plus riche : synergie, réseau (social), évaluation partagée, mutualisation, gouvernance, co-construction : l’histoire du vocabulaire des organisations des dernières décennies raconte à sa façon l’histoire des mutations et des crises (de l’État, de la démocratie…) dans lesquelles nous sommes engagés. À l’ère de la connexion généralisée, les acteurs culturels ont pris leur part dans l’usage de ce langage. Dessine-t-il une sorte de chemin de salut ou s’agit-il d’un nouveau bréviaire démenti par les pratiques les plus courantes ?

Dans les politiques culturelles, les problématiques de coopération n’ont cessé de se complexifier même si elles se sont heurtées à diverses résistances, qu’elles soient corporatistes ou motivées par un positionnement critique vis-à-vis de ce que certains considéraient comme un nouveau catéchisme. Derrière les mots, on entendait parfois des injonctions masquées, on pouvait deviner une perte d’ambition pour la culture et l’invasion de la pensée libérale. Aujourd’hui, on constate tout de même que l’exigence de coopération a creusé son sillon, notamment sous la poussée de logiques interdisciplinaires, même si les politiques culturelles évoluent beaucoup plus lentement que les dynamiques artistiques. Cette remarque pourrait être transposée au débat sur la transversalité entre politiques publiques. Ouvrir la culture à d’autres champs, éducatif, social, touristique mais aussi à celui de l’urbanisme, du monde de l’entreprise, certes. Mais les organisations institutionnelles elles-mêmes ont longtemps résisté à cette approche. Ce schéma de fonctionnement perturbe les hiérarchies instituées. De leur côté, les acteurs culturels n’ont pas manqué de manifester leur défiance vis-à-vis d’un discours politico-managérial les invitant à mieux travailler en réseau, à mutualiser moyens, emplois… Cette demande est apparue au moment où l’on constatait que le fulgurant essor des politiques culturelles et de l’emploi correspondant se heurtait de plus en plus au principe de réalité, c’est-à-dire à la raréfaction des moyens. Encore qu’à l’époque – les années 1990 – la perspective n’était pas de tendre vers une diminution des financements publics pour la culture.

Certaines pratiques politico-institutionnelles ont révélé de fortes résistances à la coopération. La première époque de l’intercommunalité culturelle en témoigne. Pourtant il s’agissait, à travers ce cadre, d’articuler territoire de vie, territoire de projet et territoire institutionnel, sans exclure une action de proximité depuis les communes. On peut alors renvoyer, avec quelque mauvais esprit, la question de l’impératif de la coopération aux décideurs publics… Cela n’exemptera personne de ses responsabilités. Au demeurant, les réponses sur le terrain de l’intercommunalité évoluent sensiblement. Nous sommes désormais à l’heure de la construction de la culture en « compétence partagée ». Voici l’enjeu crucial de la réforme territoriale.

Malgré les contradictions que l’on peut relever en revisitant le thème de la coopération dans le domaine culturel, on pourrait conclure cette analyse par un credo : coopérer est un acte d’adaptation, une assurance pour le futur. La coopération est une ressource. Plutôt que de la penser comme un cheval de Troie qui viendrait ronger une part d'autonomie, il faut la considérer comme une méthode pour garantir son destin. Dans le contexte d’aujourd’hui notamment caractérisé par la baisse de l’effort public pour la culture, voire une perte de légitimité des politiques culturelles, il est nécessaire de mobiliser les énergies autour de perspectives partagées, de stimuler le désir de culture au sein de la société et de fournir les meilleurs arguments aux décideurs pour garder le cap d’une vision émancipatrice de la culture.

Tout le raisonnement qui précède nous rapproche-t-il du roi secret qui pourrait inspirer notre époque ? On aura du mal à le résumer en un seul mot. Je soutiendrais qu’il se loge plutôt dans une philosophie d’action que je nommerais une nouvelle fois ici politique de la relation. On pourrait également dire de cette politique qu’elle est de civilisation, au sens qu’E. Morin donne à cette formule lorsqu’il conclut à la nécessité de relier les connaissances et les stratégies pour faire face aux défis d’un monde toujours plus interdépendant mais qui continue d’exalter les égoïsmes.

Jean-Pierre Saez
Texte paru dans l'Observatoire n°53