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Hommages à René Rizzardo 06 avril 2020

Hommages à René Rizzardo


Il y a dix ans disparaissait René Rizzardo, auteur du rapport sur la décentralisation culturelle, co-fondateur de l’Observatoire des politiques culturelles avec Augustin Girard, et premier directeur de cet organisme pionnier en France et dans le monde à partir de 1989. Nous lui rendons aujourd’hui hommage à travers les voix de Catherine Tasca, Jean-Jacques Aillagon, Francisco d’Almeida, Jean-Gabriel Carasso, Francis Gelin, Yannick Guin et Jean-Pierre Saez.


Une hauteur de vue peu commune
par Catherine Tasca

Ancienne ministre de la Culture

10 ans déjà ! Je ne me suis jamais faite à l’idée que René Rizzardo appartienne au passé. Pour moi, son action et sa réflexion sont pleinement dans le présent. Il a été un formidable vivier d’expériences qu’il a su synthétiser et faire partager.

La première expérience qui a marqué son parcours fut celle de l’éducation populaire. Elle fut fondatrice dans sa formation et il ne l’a jamais perdu de vue. On ne peut que constater que le ministère de la Culture n’a jamais su, lui, se réapproprier cette veine et qu’il le paie sans doute aujourd’hui.
La deuxième expérience qu’il a su capitaliser mieux que personne fut celle d’élu local. C’est dans cette fonction que je l’ai connu. Il était alors adjoint d’Hubert Dubedout, le Maire de Grenoble. J’étais moi-même directrice de la Maison de la Culture. Je pense que les compétences qu’il a acquises durant cette période sur le terrain, avec d’autres élus, lui ont permis d’aiguiser son regard d’observateur hors pair des politiques culturelles.
La troisième expérience dont René s’est enrichi fut celle de l’action de l’État. Ses interlocuteurs ont eu la chance de profiter de ses analyses : que ce soit en particulier Jack Lang, Jean-Jacques Aillagon ou moi-même. Avec lui, lors de ma fonction ministérielle, nous avons initié une expérience originale – les protocoles de décentralisation culturelle – qui constitua un tournant important dans les relations entre le ministère et ses partenaires locaux. Très tôt, il a pressenti l’importance croissante des territoires pour la culture. René a eu le talent de réaliser une synthèse de ces trois expériences dans sa démarche intellectuelle et professionnelle.

Au-delà du rôle majeur qu’il a joué en faveur des politiques culturelles au niveau territorial et central, ce qui reste de sa personne c’est son humanité, sa générosité, son regard toujours bienveillant porté sur tous ceux avec lesquels il a travaillé. Je n’oublie pas non plus qu’il était aussi un homme de la montagne. Et si je peux oser un jeu de mots, elle lui a inspiré une hauteur de vue peu commune.




Une rencontre déterminante
par Jean-Jacques Aillagon

Ancien ministre de la Culture

Quand le maire de Paris m’a confié la Direction des affaires culturelles de la Ville, j’ai rapidement pris conscience du caractère très particulier de ma mission. Paris était en effet, plus qu’aucune autre commune de France, dans une situation particulière par rapport à l’État, n’entretenant avec lui, pour la mise en œuvre de ses missions culturelles, que des relations relativement lointaines puisque, par exemple, aucune de ses institutions, musées, ou théâtres, ne bénéficiaient de subventions directes du ministère de la Culture. Les seuls domaines de financements croisés Ville-État se comptaient sur les doigts d’une main et concernaient essentiellement l’Orchestre de Paris et l’Ensemble orchestral de Paris. La Commune de Paris était donc bien une commune à part et sa direction des affaires culturelles avait, surtout en période de conquête de la présidence de la république par le maire de Paris, vocation à s’instituer en petit ministère de la Culture bis. Cela étant, je constatais tout aussi vite que la collectivité parisienne exerçait également des missions de service public culturel semblables à celles de toutes les villes de France, grandes ou moins grandes, et que nous aurions donc intérêt, alors que nous avions longtemps vécus dans un superbe isolement, à nous rapprocher des autres communes, de grandes tailles notamment, de façon à mutualiser nos analyses, nos réflexions et nos projets. Cela me semblait d’autant plus nécessaire que beaucoup des grandes villes de France, comme Lille ou Nantes, s’étaient, au fil des ans, affirmées comme étant capables de devenir pionnières en matière d’action artistique et culturelle. C’est ainsi que naquit dans mon esprit le projet de créer une association des directeurs des affaires culturelles des grandes villes de France. Il me fallut d’abord convaincre l’administration parisienne que cette initiative était opportune mais, surtout, pour concevoir clairement et mettre en œuvre un tel projet, bénéficier des conseils d’un connaisseur avisé et fin des réalités relatives à la mise en œuvre des politiques culturelles sur le territoire de notre pays. Je me tournais alors, tout naturellement, vers l’Observatoire des politiques culturelles de Grenoble et vers René Rizzardo. Notre rencontre fut, pour moi, déterminante. Il m’accompagna dans le projet que je lui avais exposé. Il en devint la conscience et le miroir mais, par-dessus tout, René aiguisa l’acuité de mes réflexions sur la raison d’être, sur l’objet, sur la finalité et sur l’évaluation d’une politique culturelle. Notre compagnonnage m’avait préparé, comme aucun autre, à l’exercice de ma mission puis de celles qui m’ont été confiées ultérieurement. Je lui en sais gré et, sans cesse, me souviens de sa forte, haute et intègre personnalité, avec respect et émotion. Peu d’hommes auront autant que lui contribué à ce que les politiques culturelles soient considérées comme étant au cœur même des politiques publiques. Puissent-elles y rester.





« Pour moi, René c’est justice plus humanité dans la rigueur »
Michel Fontès

Ancien président de l’Observatoire des politiques culturelles


L’homme de la décentralisation culturelle ?
Jean Guibal

Ancien directeur du Musée dauphinois de Grenoble

Les hommages qui sont rendus à René Rizzardo en font l’homme de la décentralisation culturelle. Mais s’il fut un ardent promoteur des politiques culturelles dans les collectivités territoriales, et a contribué de fait à ébranler le monopole parisien, il n’a absolument rien obtenu du ministère de la culture, le plus centralisateur qui soit. Ministère qui, lorsqu’il s’est vu dans l’obligation, à deux reprises, de transférer des compétences aux collectivités, s’est littéralement « débarrassé » des archives départementales, des bibliothèques de prêt, plus tard de l’Inventaire général, tous outils précieux mais en rien engagés sur le front culturel. C’est René qui a suggéré, en 2000, la démarche des « protocoles de décentralisation culturelle » et l’immense respect que je lui porte m’interdit de penser qu’il savait que c’était une procédure de diversion, que personne ne croyait au ministère que cela pourrait se terminer par des délégations de compétences aux collectivités.
Alors, soyons plus précis : René Rizzardo a milité en vain pour la décentralisation culturelle et a produit un rapport qui a fait date. Mais il a en revanche construit, d’abord comme élu de Grenoble, une politique culturelle équilibrée et déjà fondée sur la relation aux publics. Puis il a fait rayonner les politiques culturelles des collectivités, au moment où celles-ci prenaient en charge les deux-tiers des financements publics de la culture. Enfin, il a doté la France de cet instrument précieux d’analyse et de réflexion sur les enjeux culturels qu’est l’Observatoire.
C’est déjà beaucoup. Et le tout avec une personnalité qui forçait partout l’admiration.
 


L’accompagnateur de générations d’élus à la culture
par Yannick Guin

Ancien adjoint à la Culture de Nantes, ancien délégué national pour la Culture de la FNESR

René n’est pas seulement de ces hommes dont on se souvient, parce qu’un beau visage et un corps dynamique s’imposent toujours à l’esprit, ni seulement de ceux que l’on regrette parce qu’ils suscitent pour toujours ce désir douloureux d’un bien précieux que l’on n’a plus auprès de soi, mais il est bien plus encore, il est de ceux dont l’empreinte s’inscrit comme constitutive de la personnalité même de ceux qui l’ont côtoyé.
Et René a façonné la personnalité de deux, voire trois, générations de militants de la culture de ce pays et, par le fait même, façonné aussi le paysage politique des collectivités locales de ce pays.
Il a façonné les belles générations des élus à la culture des années 1970 à 2000, tous acteurs d’un grand moment de la décentralisation culturelle. Son intelligence passionnée irradiait parmi nous les membres de la Fédération Nationale des Élus Socialistes et Républicains (FNESR), réunis deux fois par an, l’été en Avignon, l’hiver dans une grande ville de France.
Qu’était-il en réalité ? Un militant, un formateur, un observateur, un éveilleur ? Tout à la fois assurément.
Sa capacité à éveiller lui venait sans doute de ses origines. René venait du « tas ». Il avait trop de respect pour ses origines pour ne pas sombrer dans un populisme de cas étage, si fréquent aujourd’hui et pour prôner au contraire l’émancipation d’un peuple fort de son intelligence collective.
Ainsi tout au long de son parcours, de Peuple et Culture héritage des aspirations de la Résistance, à son rôle d’élu influent et à sa mission au sein de l’Observatoire qu’il avait créé pour donner sens et vigueur à la vie culturelle de la Nation, il prôna et diffusa cette exigence qui, elle, ne mourra jamais, quelles que soient les conditions et les péripéties de l’Histoire, celle de donner à chacun et chacune le moyen, par le côtoiement des Arts et des Sciences, d’acquérir une certaine intelligibilité d’un monde obstinément obscur.
 


Une vision pionnière de la coopération
par Francisco d’Almeida

Co-directeur de Culture et Développement

Avril 2020, nous pourrions célébrer les 35 ans des « Présences artistiques du Maroc », l’un des événements, initié par Pierre Gaudibert et Nicole de Pontcharra, de dialogue culturel de Grenoble avec le monde.

René avait soutenu ce festival comme il l’avait fait pour le « Festival Afrique 1982 » avant d’impulser avec Jean Ader, Bernard Gilman, Cécil Guitart et moi la renaissance de « Culture et développement ». Preuve de sa vision pionnière, il l’orienta vers l’action culturelle dans les territoires dans une perspective de coopération du Nord et du Sud pour le développement local.

C’était également un homme chaleureux comme son épouse Josette, Pierre et Nathalie, ses enfants que je salue. Son souvenir me revient souvent et me fait mesurer la profondeur de la trace qu’il a laissée pour notre génération.


L’esprit de Grenoble
par Jean-Gabriel Carasso

Directeur de l’Oizeau rare

Je garde de René Rizzardo, certes le souvenir du militant culturel engagé dans la défense et la promotion de la décentralisation, du fondateur de l’Observatoire des politiques culturelle, mais surtout l’image de la « belle personne » qu’il était. J’étais stagiaire au CFNA (Centre de formation national d’Avignon), en 1986, quand nous nous sommes rencontrés. Avec Bernard Gilman, Catherine Tasca, Cécil Guitart, Francisco d’Almeida… il fit souffler sur notre formation « l’esprit de Grenoble », cette sensibilité particulière pour un engagement culturel marqué par l’éducation populaire : Peuple et culture... René devint très vite un pôle d’encouragement dans mon combat pour l’éducation artistique… et un ami !


Une si belle personne
par Francis Gelin

Directeur général Agence culturelle Grand Est

Débutant dans le métier, des informations me revenaient régulièrement sur le directeur de l’OPC : la qualité de sa réflexion, l’ampleur de ses ressources, la puissance de ses analyses. C’est lors d’une conférence débat en Aquitaine que l’occasion me fut donnée de rencontrer René Rizzardo. La clarté de ses propos, le niveau de sa pensée, son esprit d’ouverture, son humanisme m’impressionnaient. Sentiments jamais démentis lors des nombreux échanges et rencontres qui suivirent. C’est peu dire qu’il m’a beaucoup appris et influencé dans ma réflexion professionnelle sur les politiques culturelles, ses enjeux, ses vertus, ses dérives. En pensant à lui en ce dixième anniversaire de sa disparition, je n’ai qu’une qualification le concernant : une bien belle personne.


Un homme de conviction
Nansi Ivanišević

Présidente Prokultura – OPC - Split
Ancienne ministre de l’Education nationale de Croatie

Cher Jean-Pierre, chers amis et collègues de l’Observatoire des politiques culturelles,
Je me permets à mon tour, à l'occasion de ce triste anniversaire, d’écrire quelques mots en tant que personne d’horizons lointains ayant eu l'honneur jadis de rencontrer et de côtoyer René Rizzardo et d'apprendre beaucoup de lui. Il m’est difficile d'énumérer toute cette série de "coïncidences" qui ont bien voulu m’amener vers l'OPC à qui je suis bien redevable en lui savoir bien gré. J’ai débarqué à Grenoble en 1997 lorsque mon pays, ma chère Croatie, était gravement meurtrie telle la « France en 1947 « selon des propos mêmes de R. Rizzardo. En tant que professeur de langue et de littérature françaises, fondatrice et directrice de l’Alliance française de Split, puis fonctionnaire d’Etat au service décentralisé régional, je me suis mis à chercher et à comprendre le fonctionnement de l'éducation et la culture auxquelles j'appartenais avec tout mon être aussi bien par choix personnel et par conviction. La décentralisation de ces politiques et des autres politiques publiques dans le pays qui venait de sortir de la guerre qui lui avait été imposée, a été (alors et même aujourd’hui) ma grande préoccupation.
Rencontrer et œuvrer avec ceux qui partageaient les mêmes ou très semblables convictions dans une équipe soudée, composé des meilleurs (R. Rizzardo, A. Girard, G. Saez, J.P. Saez ...) fut pour moi un bien estimable cadeau que je ne pourrai jamais oublier. La conviction de René que la culture, avec l'éducation de base, constitue notre plus grand atout, restera ma conviction durable, marquée en grande partie par son caractère et son œuvre. Grâce à vous et à vos plus proches collaborateurs et experts de l'OPC Grenoble, je puis être heureuse d’avoir pu découvrir un autre monde, connaître une nouvelle approche, apprenant des meilleurs, pour, par la suite, enrichie de nouvelles armes, traduire tout ça dans la réalité croate en ma qualité de fonctionnaire d’Etat et fondatrice du premier et unique (pour l’instant) Observatoire des politiques culturelles et éducatives en Croatie.
Merci à René, d'avoir réconforté ma conviction qu'un État bien administré et ses institutions peuvent et doivent soutenir et faire associer tout le monde dans le processus de décentralisation en vue d’une meilleure société et d’un monde plus juste. Parce que, comme disait René, "nous sommes tous conscients de la crise, tant sociale qu'économique. Mais les actions pour les surmonter doivent provenir des valeurs culturelles qui ont toujours été à l'origine des moments les plus créatifs, les plus innovants, les plus solidaires de notre pays, comme dans de nombreuses autres sociétés."



Un compagnon délicieux
par Jean-Pierre Saez

Directeur de l’Observatoire des politiques culturelles

On retient avant tout de René Rizzardo qu’il fut l’ardent promoteur de la décentralisation culturelle. Cependant, le sens de son combat allait bien au-delà de cette idée visionnaire, même si elle était centrale dans sa conception des politiques culturelles. Il avait compris avant beaucoup d’autres qu’il fallait soutenir un système de gouvernance qui se rapproche le plus possible des réalités et des populations locales. Pour autant, il n’a jamais plaidé pour un effacement de l’État dont le rôle régulateur lui a toujours paru indispensable. C’est pourquoi tout son plaidoyer a consisté à soutenir une coopération intense entre État et collectivités territoriales, sans oublier les acteurs culturels. René puisait son inspiration dans son expérience d’élu, dans les multiples missions qu’il a conduites en France et même en Europe mais d’abord dans l’éducation populaire qui fut pour lui une école de formation fondatrice. Que la culture et l’éducation populaire aient été séparées par des logiques institutionnelles mal raisonnées a toujours été à ses yeux un non-sens. Connaisseur hors pair des problématiques politico-institutionnelles, pédagogue inlassable, il avait le souci de ne jamais oublier les artistes dans sa réflexion. Il avait à cœur de marquer une attention plus particulière aux plus fragiles d’entre eux et aux plus jeunes aussi car il savait qu’ils pourraient incarner l’innovation dont les politiques culturelles ont constamment besoin. La personne la plus simple comme la plus puissante trouvait en lui un interlocuteur pareillement attentif et respectueux. Pour ses proches collaborateurs, il était un compagnon absolument délicieux. Il est mort le 6 avril 2010 dans la dignité et l’humilité.