#6 Les arts et la culture à l'heure du confinement - spéciale Festival 23 avril 2020

#6 Les arts et la culture à l'heure du confinement - spéciale Festival


Parce que les annonces de leur annulation font l’effet d’une hécatombe et qu’ils participent à la vie des territoires et leur attractivité, les festivals sont des témoins flagrants de l’impact de la crise sanitaire sur la culture. L’OPC dresse, dans cette lettre, un paysage des festivals pendant la tempête : réflexions, dispositifs solidaires et initiatives pour se réinventer.
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Observatoire de la crise


« Au moins, il n’est plus nécessaire d’administrer la preuve de l’impact économique des activités culturelles » note Jean-Pierre Saez dans l’édito de notre dossier. François Lajuzan, DG culture à Toulouse, le souligne : la crise révèle au grand jour la place que la culture occupe « dans tous les secteurs de l’action publique de par son impact sur l’attractivité du territoire, l’économie locale, l’emploi... ».

Bernard Faivre d’Arcier éclaire le lecteur sur la situation actuelle, au regard de la crise de 2003. Si cette année-là, la décision d’annuler Avignon avait été prise « au cœur d’une multitude de discussions, controverses et manifestations (…) en 2020, les festivals meurent dans la discrétion, voire la solitude. » Emmanuel Négrier précise dans un article pour l’Observatoire que « Ce sont les festivals qui dépendent le plus des ressources propres qui sont impactés davantage. »

Paul Fournier, président de France Festivals, mesure combien l’existence des festivals engage la responsabilité de tous : Etat, collectivités, festivals, mécènes, publics, chacun aura un rôle à jouer dans la pérennité de ces évènements.

Le terme "service public" revient dans plusieurs papiers dont celui de Paul Rondin, qui appelle à « Consolider (...) ces missions d’intérêt général non solubles dans l’activité lucrative, ces services publics dont on a tant besoin ».

Maria-Carmela Mini, directrice du festival Latitudes Contemporaines à Lille, dépeint la situation comme une équation inconnue avec laquelle il va falloir accepter de se perdre pour inventer autre chose. Pour Jean-Michel Le Boulanger il faudra ralentir le temps et repousser les tyrannies de l'urgence.

Benoît Thiebergien, directeur du festival Détours de Babel à Grenoble, esquisse les contours de demain : « Le monde culturel va devoir changer ses habitudes (...). Sortir de ses postures, de ses itinéraires balisés, de ses vieilles querelles public/privé, et participer à la solidarité collective du "jour d’après" ». Barbara Métais-Chastanier dans un article de Libération, intitulé « La culture comme pétrole » de juillet 2019, invitait déjà la culture à penser au monde d’après : Les tutelles ne devraient-elles pas sortir des valeurs et critères qui valorisent diffusion internationale, multiplication des objets culturels, amplitudes des programmations, des jauges ou des tournées ?


Mobilisations et dispositifs


Depuis les premières mesures annoncées fin février, de nombreux festivals ont été annulés. Une cellule du ministère (DGCA) a été mise en place pour accompagner les organisateurs de festivals et les élus concernés. L’annonce du Président interdisant les « grands festivals » jusqu’à mi-juillet a sonné le glas de multiples rendez-vous estivaux mais aussi semé le trouble puisque Franck Riester a indiqué par la suite que les « petits festivals » pourraient être maintenus après le 11 mai.

Catherine Morin-Desailly, présidente de la Commission culture au Sénat et Sylvie Robert, sénatrice, ont demandé des précisions concernant les calendriers et des mesures spécifiques : fonds de solidarité, guichet unique... Lors de son audition au Sénat, Franck Riester a indiqué une gestion « au cas par cas » et précisé un peu la situation : « Un petit festival rural, avec une scène, un musicien et 50 personnes, qui sont à un mètre les unes des autres, sur des chaises, et qui ont un masque, et en rentrant sur le site la possibilité de bien se laver les mains avec des produits spécifiques : on pourra tenir ces festivals-là ».

Dans un communiqué du 17 avril, 22 organisations appellent à la définition de « critères objectifs ». La FNCC demande une concertation sur le maintien des petits festivals. Leur tenue en mai et juin fait porter de lourdes responsabilités aux organisateurs et élus, et la crainte de risques sanitaires. Les organisateurs souhaitent pouvoir avoir la liberté d’annuler ces manifestations, bénéficier des aides actuelles et faire jouer les assurances.

Léo Anselme et Nicolas Riedel (Auvergne Rhône Alpes – spectacle vivant) font le point pour l'Observatoire sur les manifestations et festivals en Auvergne-Rhône-Alpes et les mesures de soutien des pouvoirs publics. Florian Laurençon, DGA Culture, Éducation, Jeunesse de la Région Sud, dresse un état des lieux des festivals dans la Région.

De manière générale, un cadre clair est nécessaire afin que les festivals puissent se projeter : jauges admises, mesures de prévention (distanciation, masques, hygiène), mobilité interrégionale et internationale des artistes et spectateurs… Pour Catherine Morin-Desailly, « il faut penser ce calendrier en étant raisonnable et responsable mais la perspective de l’après est importante. La culture a besoin de se préparer ». Les festivals sont interdits jusqu’à la fin de l’été dans d’autres pays et un conseiller de l’OMS préconise qu'il n'y ait pas de concerts avant l'automne 2021.

Si les artistes et techniciens sont directement touchés, c'est tout un écosystème qui est marqué « un festival annulé, des centaines d'emplois impactés ». Prodiss a d’ores et déjà chiffré à 590 millions d’euros les pertes subies par le spectacle vivant privé, sur la période du 1er mars au 31 mai. Ces chiffres seront recalculés avec la période comprenant l’été. Après les premières mesures d'urgence, un 2e plan d’aide spécifique au secteur est à l’étude au ministère. Lors de son audition devant la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, Franck Riester annonce que le ministère étudie actuellement les « modalités qui permettraient de tenir des festivals » (critères, échéances...) et promet un accompagnement dans les démarches administratives et les fondements juridiques. Le fonds d'urgence spécifique pour le spectacle vivant privé sera opérationnel le 1er mai.


Initiatives des festivals


Si de nombreux organisateurs ont choisi l'annulation, d'autres cherchent à proposer une programmation modifiée en utilisant différents media : site internet, réseaux sociaux, audiovisuel, réalité virtuelle...

Certains se sont déjà réinventés sur la toile comme par exemple le Festival de BD d’Aix. L’International Documentary Film Festival Amsterdam, un des plus grands festivals de films documentaires a déposé en accès libre sur internet plus de 300 films de sa collection.

Le Printemps de Bourges a lancé un Printemps imaginaire. Le Festival de Cannes proposera une version virtuelle du Marché du film à destination des professionnels et réfléchit aux nouvelles formes possibles (Label, partenariat avec le Festival de Venise…). Le Festival d'Avignon travaille sur un programme audiovisuel et numérique « En rêvant du Festival d’Avignon » notamment avec France Culture, France Télévisions et Festival-Expériences en juillet 2020.

La société VRrOOm a développé différents outils de réalité virtuelle et certains festivals étudient la possibilité de porter une partie de la programmation sur leurs plateformes, avec comme enjeu de rendre ces nouveaux outils accessibles au plus grand nombre.

D'autres réfléchissent à des reports ou formats différents. Hacène Lekadir, adjoint à la culture de la Ville de Metz, décrit la stratégie de report du Festival Constellations 2020 de Metz. Le Festival des Suds à Arles étudie différentes possibilités. Le Festival Montpellier Danse a imaginé un nouveau scénario et a reporté sa programmation d’été à l’automne, un travail mené en collaboration avec les salles montpelliéraines qui ont modifié leur programmation pour accueillir des représentations du festival. Pour Pierre Beyfette, président d'AF&C, association qui chapeaute le Off d'Avignon, l'annulation du Festival peut être l'opportunité de se repenser et de questionner les limites du modèle de dérégulation.

L’Association des Festivals Européens fera porter le thème de sa rencontre annuelle sur l’espoir. Elle aura lieu du 23 au 25 novembre prochains à Galway, capitale européenne de la Culture. De nombreuses coopérations se mettent en place actuellement entre festivals, de nouvelles formes émergent. Ce temps sera l’occasion d’étudier le pouvoir de renouvellement des festivals, des coopérations, des ressources pour être opérationnel, de l’après…