#7 Les arts et la culture à l'heure du confinement 06 mai 2020

#7 Les arts et la culture à l'heure du confinement


L’OPC fait le point sur l’actualité du secteur culturel en lien avec la crise sanitaire : observatoire de la crise, mesures et dispositifs, kit de survie culturelle. Vous pouvez vous abonner à cette lettre. N’hésitez pas à nous relayer vos informations à cette adresse.
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Observatoire de la crise


C’est bien dès aujourd’hui qu’il nous faut engager la bataille pour éviter le retour du « business as usual » plaide Dominique Méda dans Le Monde. Et de rappeler dans La Tribune que dans le contexte de la seconde guerre mondiale, les grandes lignes économiques et sociales furent dessinées dès 1942. Si l’on compare la crise économique actuelle à la Grande Dépression, Frédéric Martel relate sur France Culture que le New deal de Roosevelt prévoyait un important volet culturel. Françoise Benhamou et Victor Ginsburgh pour Terra Nova plaident d'ailleurs pour une logique de "New Deal", décrivant la reprise par la consommation comme une chimère.

Cyril Dion s’interroge « Dans cette période où notre vie se réduit à l’essentiel, que nous manque-t-il ? » Dans AOC, Bruno Latour incite chacun à faire pendant la crise son inventaire, à réfléchir aux modes de « production dont nous ne souhaitons pas la reprise ». Mirelle Delmas-Marty pour Le collège de France propose une boussole pour l’après. Une recomposition qui n’ira pas de soi car elle implique de dépasser 3 dogmes : le dogme économique de la croissance et du progrès, la souveraineté des Etats et l’anthropocentrisme. Le metteur en scène Matthias Langhoff rêve pour le monde d’après « d’un théâtre qui appartiendrait à la vie comme un parc ». Alain Damasio imagine dans Reporterre un vrai carnaval des fous, avec ce mot de désordre : « Stop ! On ne reprend pas les choses comme avant ! » Quant à Michel Guerrin, dans Le Monde, il se méfie des grands soirs. « La culture adore passer sur le divan, et les prédictions sont souvent plus le fruit du militantisme que de l’observation froide ». Dans les Inrocks, Daniel Cohen redoute une accélération du capitalisme numérique, qui tend à dématérialiser un maximum de services. De nombreux cinémas pourraient disparaître, cantonnant le 7e art à un statut comparable à celui de l’opéra, prophétise un article paru sur Slate.

Dans Libération, S. Vergnaud et J.M. Tobelem suggèrent d’ouvrir les institutions culturelles à un petit nombre : « N’est-ce pas là l’occasion idéale (…) de proposer des expériences inédites et privilégiées, aussi bien aux membres des sociétés d’amis, aux curieux et aux amateurs qu’aux personnes en difficulté ? » Jamais la France n’avait connu une telle saturation médiatique par la culture avec une médiasphère surinventie d’offres en tous genres, allant des plus belles qualités au bricolage en urgence sous la pression des édiles » commente Elsa Olu dans l'OCIM. E. Négrier et P. Teillet pour les PUG émettent la thèse que la sidération, la brutalité du choc ne permettent pas au secteur culturel de proposer des solutions inventives, au-delà de prestations en ligne ou de catalogues en accès libre.


Mesures et dispositifs

Alors que les intermittents du spectacle se trouvent dans une situation de précarité et de grande incertitude quant à leur activité et à leurs droits aux allocations chômage, l'annonce d'Emmanuel Macron le 6 mai d'une « année blanche » et du prolongement de leurs droits jusqu'en août 2021 « était très attendue par le secteur, qui y voit une mesure indispensable pour éviter une catastrophe humaine et économique ».

Si de nombreux acteurs ont commencé à étudier les modalités de réouverture des lieux culturels (la DRAC Grand Est rassemble sur son site Internet un ensemble de ressources), les professionnels souhaitent des annonces précises de la part du gouvernement. Un rapport sur les « processus de réouverture des lieux de spectacles » a été remis à Emmanuel Macron avec différentes recommandations : mesures de distanciation, port du masque, suppression de lieux de vie collectifs, nettoyage, distinction lieux ouverts/lieux clos… Hélène Girard dans La Gazette des communes imagine à partir de ce rapport « à quoi pourrait ressembler un spectacle après le 2 juin ». Selon Benjamin Pech dans Le Figaro, « les recommandations [...] paraissent inapplicables aux gérants de salles » et la question de la faisabilité économique se pose. Et les annonces faites par Emmanuel Macron et Franck Riester le 6 mai ne détaillent pas les conditions de réouverture des lieux.

Dans le projet de loi devant le Sénat le 4 mai, Edouard Philippe confirme l’ouverture possible à partir du 11 mai des bibliothèques, médiathèques, musées monuments, galeries, libraires, disquaires dont les visiteurs ne viennent pas de loin. Ces lieux ne cachent pas leurs inquiétudes et difficultés. Selon le syndicat Sud dans un article paru dans Actualitté, « La réouverture des bibliothèques pose un véritable problème » nombre d'entre elles réclament la mise en place de mesures spécifiques et une ouverture plus tardive. Concernant les autres lieux (lieux de spectacle, salles de cinéma, grands musées et monuments), Edouard Philippe annonce que « nous devons attendre début juin pour, si la situation le permet, [les] rouvrir […] et pouvoir voir dans quelles conditions ». Emmanuel Macron ajoute le 6 mai qu'il faudra « inventer de nouvelles formes [...] mais il faut que les lieux de création revivent ». Il préconise « le mariage du bon sens et de l'innovation ». « Sur la question de la saison prochaine : il va falloir l'inventer. Je ne sais pas dire où sera cette épidémie. » Hélène Girard dans La Gazette des communes revient sur les différents points évoqués (calendrier, mesures financières, appel au soutien des collectivités, droits des intermittents, implication des artistes dans l'éducation artistique et culturelle...) lors de ces annonces.

Dans un article du 29 mai, Télérama rapporte diverses réactions et stratégies du monde de la culture face à cette incertitude : pragmatisme, acceptation de l’inconnu, attente d'informations, report de spectacles, recherche de solutions alternatives et de mesures à mettre en place, négociations… Dans une interview pour Franceinfo, Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond-Point à Paris, alerte sur le fait qu'on « ne peut pas malheureusement rouvrir "un théâtre" comme on ouvre un magasin de vêtements. […] On ne sait pas s'il faut annuler les choses ou en enlever la moitié. » Dans un article de Scèneweb, Eric Demey nous informe que les producteurs et artistes souhaitent envisager avec les théâtres ayant décidé de fermer leurs portes jusqu’à décembre « les conditions d’une reprise dès septembre dans un réseau qui maille tout le territoire ».

Dominique Bluzet dans Le Monde alerte que « Si nous attendons trop pour rallumer les projecteurs, le « monde d’après » risque fort d’être froid comme un cachot. » Selon Emmanuel Demarcy-Mota pour France Culture, le temps du déconfinement doit « être un temps d’expérimentation et d’exploration, un temps de réflexion, de dialogue, d’échanges et de reconfiguration ».



Kit de survie culturelle


Et si le covid-19 était un son ? Un professeur au MIT a produit, à l’aide d’un algorithme, un morceau de musique qui modélise la structure génétique du virus.

Usbek et Rica prédisent le retour du drive in, « seule alternative au streaming ». Des lieux se sont lancés, tel l’aéroport de Vilnius qui s’est transformé en cinéma de plein air. Le Danemark, la Lituanie et l'Allemagne ont testé des concerts drive in sur le même principe. D’autres initiatives fleurissent comme celle du cinéma la Clef à Paris qui projette des films sur les toits pendant le confinement. Des lieux culturels se reconvertissent : à Angers, le cinéma les 400 Coups a adopté un maraîcher. Pierre le Crieur, à Strasbourg, a remplacé ses criées matinales sur les marchés par des criées devant son téléphone.

Les PUG proposent la collection « Le virus de la recherche » composée d'ebooks gratuits rédigés par des chercheurs sur le thème de la crise.

France Culture lance une interview quotidienne : #ImagineLaCultureDemain : A quoi pensent les artistes confinés ? Comment imaginent-ils leur pratique de demain, leur rapport au public, la place des productions numériques ?

La lettre de la Fondation Robert Schuman recense nombre d'actions culturelles et éducatives en direction des enfants et adolescents. C'est l'occasion aussi d'explorer avec des jeunes publics des ressources comme celles du Musée des sapeurs-pompiers de Lyon. La lettre Culture et Patrimoine de la Drôme valorise le studio Folimage et ses films ainsi qu’une sélection de courts métrages.

L’université de Paris propose #amafenetre : un projet collaboratif pour valoriser les paysages de nos confinements.

Pour les plus sportifs, pourquoi ne pas tenter un marathon dans votre cave ou l'ascension du Mont Balcon ? Un phénomène de micro-aventuriers analysé par The conversation.