#11 La Newsletter de l'OPC 30 juin 2020

#11 La Newsletter de l'OPC


L’OPC sélectionne et éditorialise des informations sur les arts, la culture, la société et les politiques publiques. Pour y voir plus clair dans le bruissement des politiques culturelles. N’hésitez pas à nous écrire à cette adresse.


Observatoire de l'info


« Nous sommes seuls donc nous devons être ensemble ». Cet appel des acteurs culturels et médias indépendants, lancé par Arty Farty, fait le pari de la solidarité « pour imaginer un monde d’après qui tienne compte de nos vulnérabilités ». Un autre appel, « Pour une écologie de la musique vivante », décrit le paradoxe pour les artistes : « Réduire sa mobilité pour diminuer son impact écologique induirait […] de s’invisibiliser professionnellement ». Relocalisation de l’art et sortie de l’obsolescence programmée des créations esquissent des pistes pour résoudre l’équation. « Et si la crise du coronavirus avait du bon pour l'art contemporain » avec la suspension des flamboyantes foires ? ironise un article paru dans Courrier international. Comment produire de la culture de manière soutenable ? C’est ce à quoi propose de réfléchir l’Observatoire dans l’une de ses prochaines formations « Intégrer les enjeux environnementaux à son projet culturel ». Benoît Labourdette développe le concept d’antifragilité des projets culturels pour les rendre plus résistants face à l’incertitude. Un argumentaire qui repose sur la capacité à tirer profit de l’erreur et du bricolage.

« En soi, je n'ai rien contre le fait de déboulonner des statues, sauf qu'il faudrait les déboulonner toutes » commente Laurent Sagalovitsch dans Slate. Un collectif d’historiens dénonce dans Le Monde la tentation d’anachronisme qui consiste, « à partir de nos certitudes du présent, à plaquer sur les personnages d’autrefois un jugement rétrospectif ». Eve Beauvallet rebondit sur le plan de commande publique lancé par le président : les jeunes artistes « se feraient certainement un plaisir de répondre à un grand appel à projets, sur les façons de dialoguer – par statues interposées – entre héros d’hier et valeurs d’aujourd’hui. Statues : plutôt que le grand déboulonnement, le grand détournement ? » L'artiste Dorcy Rugamba plaide pour que ces monuments changent de statut et passent « d’objets de mémoire ou d’hommage à vestiges d’une époque ». Étienne Achille et Lydie Moudileno interviewés dans Médiapart sur leur ouvrage Mythologies postcoloniales. Pour une décolonisation du quotidien proposent de créer des cimetières pour statues déboulonnées exposées comme dans un musée.

Corinne Caillaud rapporte dans Le Figaro que les « tiers-lieux » seront au centre du plan de relance du gouvernement. Pendant le confinement, « en redéployant leur activité de façon flexible et rapide, ils ont prouvé qu'ils pouvaient apporter une solution au besoin de production locale. » Néanmoins, une enquête récente de France tiers-lieux met en lumière les difficultés économiques de structures déjà fragiles avant l'épidémie. « Il y a donc fort à parier qu’avant de récolter les fruits de cette nouvelle politique de décentralisation, l’État va d’abord devoir (re)mettre la main au portefeuille pour soutenir ces structures privées en mal de fonds », avertit Géraldine Russel dans Maddyness. Avec la réouverture des cinémas, un éditorial du Monde affirme l’urgence d’impliquer les plate-formes de streaming dans le financement de la création française et de retranscrire la directive européenne SMA (services de médias audiovisuels) dans le droit français. Roxana Azimi signale, elle, un déplacement du mécénat de la culture vers « d’autres urgences, sanitaires et sociales » et, au sein du monde culturel, un intérêt croissant pour les questions de médiation et démocratisation culturelles. Or, « pour qu’il y ait accès à la culture, encore faut-il qu’il y ait une production culturelle ». De son côté, Nectart consacre un dossier sur la notion d’indépendance dans un monde sous emprise économique (emprise de grands groupes privés sur les médias, le secteur musical ou Internet) et met en lumière les résistances. « L’autonomie artistique, revendiquée de tout temps par les créateurs, a-t-elle encore un sens dans un monde à ce point interdépendant ? »

Sur les nouveaux dispositifs d’éducation artistique et culturelle mis en place par le gouvernement, en particulier la plateforme EAC, Suzana Kubik sur France musique souligne que les professionnels de l’éducation artistique « appellent à soutenir des dispositifs déjà existants, avant d'en rajouter de nouveaux ». La FNAMI déplore une méconnaissance du rôle des musiciens intervenants dans les écoles, tandis que l’ANRAT demande une concertation sur le sujet. « Ce geste artistique partagé ne peut pas être occasionnel, en dehors de tout vrai projet. Il doit être réalisé par les artistes dans le cadre du respect du statut qui leur est propre. » Côté ministère de la Culture, on argumente : « les artistes et les acteurs culturels ne se substituent pas aux enseignants. Ils peuvent accompagner les jeunes à découvrir leur propre créativité. Et c'est complémentaire. »


Carnet d'étonnements


Durant le confinement, l'artiste Patrick Quérillacq a rempli chaque jour un carnet avec des poèmes composés à partir du « Libé » du jour. Un résultat que publie le journal autant littéraire que graphique.

Au théâtre de la Criée, « Le spectacle du plateau » met un coup de projecteur sur les techniciens du lieu : « pour une fois, ce sont (…) les stars, chargés de révéler les secrets des coulisses ». Une proposition pour l’été dédiée à la jeunesse marseillaise.

La plateforme Net Art Anthology, créée en 2016, offre un libre accès aux œuvres les plus emblématiques et visionnaires du net art. Le contexte est propice à revisiter aujourd’hui cet espace avec le développement accéléré des expositions virtuelles.

Galerie virtuelle collaborative, Quarantaine.fun a vu le jour pendant le confinement. Le site se présente comme « un protocole de création pour jeunes artistes confinés dans le but de produire un maximum par temps d'isolation forcée ». L’ensemble des œuvres recueillies est visible en ligne et donnera lieu à une exposition et une édition limitée.

« C-o-n-t-a-c-t » est la première pièce distanciée jouée dans les rues de Paris. Cette expérience théâtrale propose au public depuis le 12 juin de suivre deux comédiens dans les rues, à l’aide d’une application, tout en respectant la distanciation sociale.

Les drive-in ont refleuri avec le confinement, mais connaissez-vous le bike-in ? En Italie, le concept a été inventé pour combiner déplacement doux et évènement. Ainsi, le spectateur se déplace en vélo pour assister à un concert ou un cinéma en plein air.

Laurence est de retour en présentiel à l'Etanol/scène nationale en préfiguration et cherche à renouveler sa présentation de saison. Le personnage, campé par le comédien Thomas Poitevin, est mis en scène dans de courtes vidéos hilarantes qui parodient le secteur culturel.