#15 La veilleuse de l'OPC : Sacrifier ou réinventer la culture et Restitution du patrimoine 17 novembre 2020

#15 La veilleuse de l'OPC : Sacrifier ou réinventer la culture et Restitution du patrimoine


 Le second confinement menace sévèrement le secteur culturel déjà gravement touché par la mise à l’arrêt du printemps, puis les restrictions de jauges et le couvre-feu. Dans France Culture, Mathieu Potte-Bonneville s’inquiète pour « la culture du milieu », celle située entre les grandes institutions soutenues et les micro-initiatives habituées à faire avec peu. Outre ses craintes pour la profession, Sophie Dulac, distributrice et exploitante de salles de cinéma à Paris, s’indigne dans Le Monde que la culture ne soit pas considérée comme essentielle. C’est « retirer aux gens tout ce qui fait le sel de la vie ». Dans La Gazette des communes, Hélène Girard se montre plus optimiste : « si le public est complètement absent des salles, en coulisses, les professionnels vont activement préparer la future reprise d’activité. » Laurent Carpentier dans Le Monde relate la présentation d’un spectacle au Monfort proposée à « huis-clos » aux diffuseurs. Marie Gicquel dans France Musique a rencontré de son côté des musiciens amateurs qui répètent « dans l'ombre », les répétitions n'étant autorisées qu'aux professionnels. L’opérateur de billetterie Ticketac observe dans Culture Matin que « la pratique du report n’est plus systématique. […] La tendance semble être d’attendre janvier. » Selon Arthur Frydman dans Le Point, ce confinement est « l’occasion de voir [les acteurs] qui ont tiré des leçons du premier » et développé leur présence sur le net. En l’absence de représentations, les propositions numériques se développent. La société Bridgi répond à une demande croissante de captations vidéo d'artistes destinées aux programmateurs de lieux. Le musicien Dan Tepfer explique pour MGB Mag qu’il a récolté avec le livestream des revenus à la hauteur de concerts en format classique. « Avec une offre culturelle limitée et en yo-yo » soumise aux règles sanitaires, Mario d’Angelo appelle à « songer à des voies innovantes pour concilier le présentiel et le numérique dans un ancrage local. » Dans sa chronique du Monde, Michel Guerrin regrette que l’Etat n’ait pas plus investi la question du numérique pour développer une offre de qualité et chercher un public auprès des jeunes. Le reconfinement « risque de creuser une fracture numérique que l’Etat s’est jusqu’ici révélé impuissant à prendre en compte ».

Le projet de loi relatif au retour de biens culturels au Bénin et au Sénégal vient d’être adopté par le Parlement. Un vote qui ranime des controverses, déjà engagées lors de la publication en 2018 du rapport Sarr/ Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain préconisant « le retour définitif et sans conditions ». Faut-il voir dans la remise d’une couronne ces jours-ci à Madagascar, sans consultation du Parlement, « la tentation du gouvernement de faire systématiquement prévaloir les enjeux diplomatiques sur l’intérêt culturel, scientifique et patrimonial » comme le fustige la Commission Culture du Sénat ? La restitution pose des questions juridiques complexes comme la dérogation au principe d’inaliénabilité du domaine public que décrypte l’avocat Philippe Hansen. Les universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy reconnaissent « des avancées sur le plan du débat » mais déplorent le peu de restitutions concrètes. La loi a une portée réduite et ne fixe pas de restitution automatique. Si les auteurs regrettent que les chefs d’état africains, à l’exception du Bénin, soient peu volontaristes en la matière, ils réfutent l’argument pointant les insuffisances des musées en Afrique. Un point de vue nuancé par des témoignages d’artistes comme celui du béninois Romuald Hazoumé qui dressait en 2016 un bilan accablant de l’état des établissements de son pays. Les musées et marchands d’art ont-ils des difficultés à regarder leur histoire coloniale en face ? « Les musées ne doivent pas être otages de l’histoire douloureuse du colonialisme », dénonce Stéphane Martin, ancien président du Musée du quai Branly. Pour J-Y Marin, muséologue, les nouvelles générations de professionnels de musée en Afrique comme en Europe, s’investissent davantage dans les restitutions et en comprennent les enjeux. Felwine Sarr pronostique, lui, « le début d’un âge de « l’intranquillité » pour les musées » avec « l’irruption de militants réclamant de manière spectaculaire le retour des objets ». Pascal Ory, de son côté, décrit cette loi comme un compromis « contrairement aux apparences (…) le plus courageux, puisqu’il mécontente les deux parties ».
 


Carnet d'étonnements

Faut-il passer par l’activisme pour faire avancer une cause ? Des artistes du collectif Frankfurter Hauptschule ont mis en scène le vol d’une œuvre exposée dans un théâtre à Oberhausen en Allemagne et sa restitution à un musée en Tanzanie (une ancienne colonie allemande). L’œuvre volée était en fait une réplique, et l’action menée avec la complicité du musée tanzanien pour encourager les débats sur le processus de restitution.

Une trentaine de femmes issues de quartiers prioritaires de Clichy-sous-Bois ont assisté pendant un an à des spectacles afin de choisir celui qui serait joué dans leur ville. Un groupe baptisé les Clameuses monté avec la complicité de la compagnie L’Île de la Tortue. Une série de podcasts ont été tirés de leurs échanges qui montrent au fil des discussions des paroles de plus en plus affirmées.

« Dealer de livres ». C'est de cette manière que se décrit l'autodidacte Luc Pinto Barreto qui a monté sur le parvis de la gare de Saint-Denis une librairie-conteneur. Le libraire a imaginé un espace type food truck « pour ceux qui n'osent pas franchir la porte ». Un projet soutenu par la municipalité dans un département peu pourvu en librairies.

A Plaine Commune, intercommunalité de Seine-Saint-Denis, les projets urbains sont accompagnés par des interventions artistiques. Une façon d’impliquer les habitants plus fortement que lors d’une concertation publique. Friches théâtre urbain a ainsi initié un parcours pour découvrir les traditions agricoles d'Aubervilliers sur un espace appelé à accueillir des habitations. Les artistes proposent des ateliers : balades, observation de plantes, jardinage collectif, théâtre, reportage, fabrication de costumes, d’épouvantails et autres objets de la culture agraire.

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