#16 La veilleuse de l'OPC : regard international et passions autour du livre 08 décembre 2020

#16 La veilleuse de l'OPC : regard international et passions autour du livre


La crise sanitaire affecte différemment les arts et la culture selon la structuration des systèmes nationaux et les mécanismes de soutien. « Dans la tempête du Covid-19, aucun pays ne protège autant la culture que la France et l’Allemagne », titre Michel Guerrin sa chronique dans Le Monde. Il pointe un décalage entre les modèles culturels subventionnés, comme celui de la France ou de l'Allemagne, et les modèles anglo-saxons basés principalement sur les ressources propres, les incitations fiscales et l’argent privé. Les acteurs peu aidés par les pouvoirs publics font face à des situations difficiles. Aux Etats-Unis, « tout l'écosystème qui soutenait la culture a été touché » témoigne Catherine Baumann pour France Culture. Les artistes ne bénéficient pas du régime d'intermittence du spectacle et cumulent souvent plusieurs emplois, notamment dans la restauration, secteur aussi affecté directement par la crise. Plusieurs institutions culturelles ont même fermé leurs portes pour toute la saison. Roxana Azimi rapporte dans Le Monde que des musées américains « cèdent des bijoux de famille » en vendant des œuvres de leur collection. « Sauve-t-on une structure en mettant en péril le cœur et le sens de sa mission ? » s’interroge à ce propos Cécile Debray. Lors d’un référendum, les habitants de Jersey City, ville située à proximité de New York, ont voté pour l’établissement d’une « taxe en faveur des arts », apprend-on dans Le Journal des Arts. Pour un meilleur soutien aux acteurs culturels durant la pandémie, l’Unesco a publié un guide qui recense des bonnes pratiques repérées dans plusieurs pays membres et explore les mesures pour préparer la reprise d’activité. En Europe, le budget du programme « Europe Créative » a été revu à la hausse pour la période 2021-27, sous réserve que les blocages de la Hongrie et de la Pologne soient levés.

La levée de boucliers suite à la fermeture des librairies pendant le second confinement est l’occasion de prendre de la hauteur sur les passions qu’ont suscité cette fermeture. Le livre est-il un bien essentiel ? Géraldine Mosna-Savoye rejette ce statut, qui « prive du plaisir, accessoire, accidentel, particulier d’y goûter ». La position ferme du gouvernement français a pu paraître surprenante. En effet, « l’idée d’exception culturelle à la française, soutenue par des subventions, rend d’autant plus tangible ce lien privilégié à la Culture en général et au livre en particulier ». Pour autant, la dernière étude sur les pratiques culturelles des Français révèle que nous lisons de moins en moins. Christine Laemmel dans Slate, non sans provocation, titre un article « La fermeture des librairies est-elle un problème de bourges ? ». La journaliste déplore la concentration des librairies sur quelques territoires et notamment certains arrondissements parisiens. Olivier Ertzscheid parle, lui, de batailles bourgeoises (comme celles des restaurants et jogging). Michel Guerrin, de son côté, décrit le soutien aux petites librairies comme un acte militant, « une défense du petit contre le gros ». « Ce débat sur la fermeture des librairies est le symptôme d’autre chose que d’un manque de livres ». Il symbolise chez « certains autant la défense des petits commerçants que l’identité culturelle française tout entière » commente un collectif d'auteurs dans The Conversation.


Carnet d'étonnements

Qu'est-ce qu'une bibliothèque vivante ? Une bibliothèque d'êtres humains, où vous pouvez emprunter une personne pendant une demi-heure et écouter son histoire. Une manière de lutter contre les préjugés, d'encourager l'ouverture à l'autre. Ces « livres vivants » sont des personnes conscientes d'appartenir à des minorités soumises à des stéréotypes et à des préjugés. Elles souhaitent discuter de leurs expériences avec d’autres. « Leurs titres » sont volontairement très directs, comme « fille lesbienne », « obèse » « femme voilée », « émigré albanais » », « réfugié », « bipolaire » précisément pour susciter les réactions émotionnelles des lecteurs potentiels en activant leur curiosité et réflexion.

Le précédent dispositif n’est pas sans rappeler le Musée de l’empathie qu’ont imaginé l’artiste Clare Patey et le philosophe Roman Krznaric. Le principe : une installation itinérante qui voyagera dans le monde pendant dix ans, dans laquelle les visiteurs sont invités à se projeter dans la vie d’une autre personne. Calquée sur l’expression anglaise « walking in my shoes », métaphore illustrant le fait de se mettre dans la peau d’un autre, la première installation du musée de l’empathie intitulée A mile in my shoes est un magasin de chaussures dans lequel le visiteur emprunte la paire de son choix. C’est donc chaussés d’escarpins, de sandales ou de baskets… et munis d’un casque audio, où l’on entend le porteur des chaussures raconter son histoire, que les visiteurs commencent ce voyage intérieur dans les pas de l’autre.

Comment les rêves aident-ils à mieux supporter la crise sanitaire ? Museum of London appelle les Londoniens à raconter leurs rêves en temps d’épidémie. Le projet Gardian of Sleep s’inspire de Sigmund Freud qui voit dans les rêves un moyen de préserver « l’intégrité d’esprit » et d’intégrer ses propres expériences. Réalisé en partenariat avec Museum of Dream, ce projet permettra de collecter les témoignages oraux de volontaires et de documenter une période inédite de l’histoire de la ville.


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