#17 La veilleuse de l'OPC : incertitude de réouverture et pratiques culturelles 11 janvier 2021

#17 La veilleuse de l'OPC : incertitude de réouverture et pratiques culturelles


L’incertitude sur la date de réouverture des lieux culturels a suscité des réactions contrastées. Jean-Michel Frodon, regrette dans Slate des attitudes corporatistes, la pandémie accélérant « la réduction de chacun·e à une seule fonction, et la défense des intérêts de cette fonction ». Didier Rykner dans La Tribune de l’Art évoque une inversion de l’exception culturelle pour commenter la stratégie du gouvernement. Sébastien Thiéry regrette ardemment que le monde de la culture ait renoncé à son impertinence et son indiscipline : « Il fut un temps où il était évident que la société entière dépendait de votre audace ». A y regarder de plus près, la mobilisation a rassemblé de nombreux acteurs du théâtre, secteur connu pour son militantisme soulignaient plusieurs journalistes dans un live du Monde. Michel Guerrin remarque, lui, le silence d’une partie du monde culturel, notamment des musées : « La France (…) est le pays au monde qui aide le plus la culture en ce moment. Nombre de responsables le savent, d’où leur discrétion et leur malaise ». La décision rendue par le Conseil d'Etat, qui « a repris une bonne partie des arguments des représentants s'estimant victimes d'une atteinte grave à leurs libertés » (sans pour autant invalider la fermeture des lieux culturels) avait redonné quelques espoirs aux professionnels, mais l’expectative est toujours d’actualité aujourd’hui.

« Comment le confinement a rendu l’accès à la culture moins inégalitaire » titre Sophie Rahal dans son article pour Télérama. L'étude du DEPS sur les pratiques culturelles lors du premier confinement, fait ressortir des pratiques culturelles numériques en forte hausse, en particulier chez les séniors. Les Français ont aussi profité de cet épisode pour s'adonner aux pratiques culturelles en amateur, un engouement qui a rajeuni les pratiquants et réduit les écarts sociaux. Côté spectacle vivant, aux prises avec le défi du streaming, Eric Ruf estime qu'avec le confinement, la Comédie-Française « n’a jamais été aussi proche du public » qu'en ligne. Le comédien Jean-Pierre Darroussin dénie quant à lui toute vertu à la démocratisation de l’art par le streaming. « Je ne crois pas que le streaming puisse créer un désir de théâtre. Il encourage à être fainéant, en restant chez soi. Il faut que le théâtre reste un événement unique et privilégié où l’on se retrouve dans une salle pour partager un moment. » Par ailleurs, de nombreux artistes s’alarment de la propension à déverser des captations vidéos sur les plateformes. Le live streaming menacerait-il le spectacle vivant ? s’interroge Jean-Pierre Saez qui relativise cette crainte « il constituera une option complémentaire au live, et non une alternative ». Et de préciser : « La culture a d’abord besoin d’espaces physiques pour se vivre pleinement. Mais l’espace virtuel représente une plus-value qui ne peut être laissée aux seules logiques marchandes. Gardons-nous néanmoins d’idéaliser l’interactivité numérique ou de nier l’effet addictif des écrans : le chantier de la médiation numérique reste largement à construire ».


Carnet d'étonnements

Un « art de l’esquive des technologies de surveillance », une formule appropriée pour désigner la nouvelle performance de l’artiste chinois Deng Yufeng. Ce dernier sensibilise ses concitoyens aux menaces sur la vie privée que fait peser l’omniprésence de caméras de surveillance à Pékin. L’artiste a imaginé un parcours dans les rues de la ville, destiné aux habitants pour échapper aux caméras. En 2018, il avait acheté et exposé publiquement les informations personnelles de plus de 300 000 chinois afin de les interpeller sur les risques d’usurpation d’identité.

Quelles odeurs circulaient dans les rues de Paris ou Londres au XVIe siècle ? C’est à ce projet un peu fou d’encyclopédie olfactive que s’est attelé un groupe d’historiens, chimistes, chercheurs en IA réuni dans le projet Odeuropa, financé par l’UE. Parfums d’épices, odeurs de tabacs, viandes, effluves liées aux usines de la révolution industrielle… les chercheurs reconstitueront les parfums que respiraient les habitants d’Europe il y a 100 à 500 ans. Ces odeurs pourront être mobilisées dans plusieurs musées européens pour une expérience sensorielle authentique.



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