#18 La veilleuse de l'OPC : art et crise climatique - nuit confinée 02 février 2021

#18 La veilleuse de l'OPC : art et crise climatique - nuit confinée


Les artistes « sont très en avance sur la perception (même scientifique) de la nouvelle situation matérielle du monde » témoignait Bruno Latour lors d’une rencontre en octobre à Bordeaux. D’éclaireur à lanceur d’alerte : que peuvent les artistes face à la crise climatique ? Pour Jean-Pierrre Saez « L’art n’a jamais transformé le monde, du moins directement. Mais il peut nous transporter, et changer notre regard sur le monde. » Maud Le Floc’h est de celle qui croit au rôle de l'art dans la transformation de nos affects : « On ne changera pas le monde en mobilisant seulement le cerveau gauche. Il est nécessaire d'avoir recours à d'autre registres. La force de l'art est à mobiliser. ». Le Polau, qu'elle dirige, déploie Le Parlement de Loire, une démarche relatée dans l’Observatoire, qui propose de doter le fleuve d’un statut juridique et de moyens d'expression pour faire valoir ses droits. Pourquoi le vivant est-il le parent pauvre de notre univers mental ? se désole Estelle Zhong Mengual dans le même numéro. Dans le prolongement de cette question, nombre de penseurs des « humanités écologiques » remettent en cause le dualisme nature/culture et suggèrent une « coconstruction indissociable » à instar de Donna Haraway. « Pour renouer avec le vivant, il faut (…) entendre des idées d’eau, des phrases de bêtes, des pensées d’arbres et de forêts ». Aussi, pourquoi ne pas reconnaitre aux poètes leur expertise en plein désastre écologique ? propose Marielle Macé.

Avec la fermeture des bars, des clubs, des espaces festifs et de culture, puis la mise en place du couvre-feu, la nuit est la première confinée. Si la nuit n’est pas « propice au respect scrupuleux de la distanciation physique », Michaël Fœssel fait remarquer dans Le Monde que le couvre-feu renvoie à « une défiance traditionnelle des autorités à [son] égard. » Les professionnels regrettent de ne pas être assez pris en compte par les pouvoirs publics. Dans une lettre adressée à la ministre de la Culture en octobre, Laurent Garnier se présente comme un « artiste du spectacle mort ». Au final, faute d’alternatives légales et de propositions politiques, les fêtes sont « condamnées à la clandestinité », observe Romain Geoffroy. Sur France Culture, Alexia Colone rappelle que « les rassemblements interdits sont nombreux dans l’histoire et ont tous participé à leur manière à l’expansion de courants artistiques, et même politiques. » Yann Lagarde prolonge l'analyse : et si le contrôle de la fête allait transformer la musique que nous écoutons ? Le livre blanc des Etats Généraux du droit à la fête affirme le rôle de la nuit dans la vie sociale et lance un « appel à la confiance » vers les pouvoirs publics et les territoires. 170 préconisations sont énoncées, avec comme priorité l'installation d’un Conseil national de la vie nocturne et de cellules d’appui Covid. L’école anthropocène de Lyon imagine le « Dancefloor comme ring politique » et invite à penser une politique redonnant « à la nuit son rôle d’effervescence démocratique. »


Carnet d'étonnements

« Oser parler à un inconnu », c’est ce que propose l’Agence de rencontre sans risque en partenariat avec Mains d'Oeuvres. Pendant une vingtaine de minutes, des inconnus sont mis en relation au travers d'une discussion téléphonique dont les contenus sont en partie scriptés et théâtralisés. L'Agence propose de robotiser les relations sociales : contrôler nos émotions, réduire l’empathie, prendre de la distance… et donc de mieux maitriser ces rencontres. Mais l'Agence de rencontre sans risque existe-t-elle vraiment ? Que nous raconte-t-elle sur les interactions humaines ?

A Miami Beach, des spectacles se jouent dans les vitrines des magasins fermés. Le metteur en scène Michel Hausmann a imaginé ce dispositif pour faire revivre le théâtre dans une rue où une soixantaine de magasins ont tiré le rideau. Ainsi, les comédiens jouent sur une scène/vitrine tandis que les spectateurs s’assoient dans la rue et suivent le spectacle avec des écouteurs. Des scènes écrites pour un ou deux acteurs, en concurrence « avec les sirènes d’ambulance, le passant en skate-board, ou le chien qui aboie », comme s’en amuse le metteur en scène.


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