#19 La veilleuse de l'OPC : écoles d'art - morale, œuvre et artiste- droits culturels 02 mars 2021

#19 La veilleuse de l'OPC : écoles d'art - morale, œuvre et artiste- droits culturels


Si les artistes autodidactes existent, il est « hautement improbable d’atteindre la consécration artistique […] sans passer par une école supérieure d’art », relate Jérémy Sinigaglia, auteur de l’enquête Artistes plasticiens : de l’école au marché, dans Le Journal des Arts. Filières d’excellence et attractives, les écoles d’art publiques sont actuellement soumises à diverses critiques : forte sélectivité privilégiant les étudiants déjà favorisés, manque de diversité, difficulté d’insertion professionnelle, modèles économiques des écoles difficiles à soutenir, offre de formation hétérogène et peu lisible… Dans un récent rapport, « la Cour des comptes appelle à refondre la carte des écoles d’art » et à définir une stratégie nationale impliquant les différentes parties : culture, enseignement supérieur, éducation nationale. Eric Nunès dans Le Monde observe que « si de nombreux acteurs du secteur reconnaissent la nécessité d’une reprise en main, ils craignent une réforme comptable, éloignée des spécificités d’un secteur à part. » Dans son article « A quoi peut (bien) servir une école d’Art ? » paru dans Profession Audiovisuel, Marc Sagary se demande si « une école d’art doit devenir plus professionnelle, s’adapter davantage à la demande ou rester un lieu de débats esthétiques, loin du monde économique et des marchands ». Selon Emmanuel Tibloux dans une tribune du Monde, « la priorité n’est pas de former des génies solitaires, mais de contribuer à l’émergence de collectifs capables de réinventer nos façons de vivre et d’habiter ». Et si les artistes et designers avaient « vocation à mettre en œuvre le grand souci écologique de notre temps » ?

Le devenir des œuvres de Claude Lévêque dans l’espace public pose des questions inédites aux institutions. Les réponses apportées à cette situation embarrassante ont d’ailleurs été multiples : préservation des œuvres, consultation des habitants, attente, démontage, extinction des néons. La crise est délicate à gérer et mêle plusieurs enjeux : respect de la présomption d’innocence, du droit d’auteur, responsabilité morale de l’institution, droit de propriété, gestion de la colère des réseaux sociaux. « Une œuvre ne peut pas être modifiée de façon substantielle par une collectivité » précise le juriste Patrick Lopasso dans La Gazette des Communes. « Sans doute est-ce la première fois que l’époque juge une œuvre plastique qui lui est contemporaine au regard des soupçons pesant sur son auteur, et relevant d’un tabou absolu. Au point que l’on peut parler "d’un moment historique pour l’art" », avance dans Le Journal des arts Paul Lang. Sandra Hegedüs confie dans Le Monde « qu’est-ce qui serait cohérent ? Enlever les œuvres maintenant ? Les réaccrocher dans quelques années ? Accepter les œuvres des artistes morts mais pas celles des vivants ? ». Après chaque révélation, le débat sur la distinction entre l’homme et son œuvre revient inlassablement. Un statut singulier de l’artiste ironisé par l’humoriste Blanche Gardin aux Molières 2019. « Est-il moralement admis de regarder une œuvre de Claude Lévêque ? » s’interroge Marie Sorbier en convoquant l’expertise de Carole Talon Hugon. Dans les années 70 le monde de l'art se situait en situation d'extraterritorialité morale, explique cette professeure de philosophie. Aujourd’hui le contexte est tout autre. Elle dénonce « une chaîne de contamination de l’œuvre » qui se communiquerait de l’auteur à l’œuvre, puis à ceux qui l‘exposent, voire ceux qui la regardent. Gisèle Sapiro s’est attaquée à la controverse dans un récent ouvrage commenté par Marc Porée. À partir du moment où elle est mise entre les mains du public, l’œuvre vit une vie qui est la sienne, détachée de l’auteur ; elle ne peut néanmoins se tenir à l’écart de la trace laissée par l’auteur dans le monde. « Ainsi donc, seul un régime mixte, fait de séparation et d’inséparation, rendra compte de la nature inextricablement mêlée de ce qui unit, à la manière des jumeaux siamois, auteur et œuvre, œuvre et auteur ».

L’actualité éditoriale sur le thème des droits culturels s’emballe. En quelques mois, au moins quatre nouvelles publications leur sont consacrées. Signalons, une publication du Comité d'histoire, un ouvrage de Culture et Démocratie, un dossier du dernier numéro de Nectart consacré au sujet. Un débat assurément complexe qui suscite des points de vue variés. Sauver le secteur culturel peut-il tenir lieu de politique ? s'interroge Philippe Teillet dans Nectart. « En réponse à la crise majeure actuelle, les politiques culturelles semblent se borner aux limites du secteur professionnel qu’elles ont fait naître, alors qu’elles auraient l’occasion, comme à la Libération, de repenser le sens politique de leurs interventions à partir des droits culturels. » Les droits culturels, un changement de paradigme pour le moins clivant, comme en témoigne la tribune que publie Éric des Garets. « Si je ne remets pas en cause la prise en compte des droits culturels, je considère qu’ils dépassent le champ culturel et doivent infuser toutes les politiques publiques. Les réduire à la culture au prétexte qu’ils portent le mot culturel est, pour le moins, excessif et rudimentaire. »


Carnet d'étonnements

Un unique spectateur pour assister au Festival international de cinéma de Göteborg. Lisa Enroth, lauréate d’un concours lancé par le GFF, a vécu cette drôle d'aventure. Isolée pendant 7 jours sur une île en pleine mer du Nord, cette infirmière a visionné seule les 60 films sélectionnés pour l’évènement, loin du tumulte de la covid-19. Un exil temporaire documenté par un journal de bord. Deux autres gagnants ont assisté aux projections dans une ambiance tout aussi solitaire, au Draken, le grand cinéma de Göteborg ou dans le stade de hockey de 12000 places.

« Transformer les déchets récoltés sur l’Everest en oeuvres d’art », c’est le projet d’un Suédois résidant au Népal pour remédier au désastre écologique provoqué par le tourisme de masse. Les détritus récoltés serviront de support et d’inspiration aux créations d’artistes locaux et internationaux, dans l'objectif de sensibiliser à la préservation de l’environnement.


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