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Tiers-lieux : un modèle à suivre ?

Tiers-lieux : un modèle à suivre ?

lisa pignot

Il y a dix ans, l’Observatoire consacrait son dossier à un concept en plein essor, celui de villes créatives, en proposant une lecture controversée du phénomène : utopie mobilisatrice ou concept marketing ? C’est dans une tonalité assez proche que nous abordons le concept florissant de tiers-lieu : faut-il voir dans cet engouement un effet de mode ou la figure d’un nouvel âge pour les institutions et les politiques culturelles ? Nouveau modèle ou miroir aux alouettes ? Le fait que de nombreuses collectivités soutiennent aujourd’hui l’émergence de tiers-lieux sur leur territoire et que la société civile participe également à cette aventure pose nécessairement la question de la promesse dont ils sont porteurs : le tiers-lieu serait-il un modèle de sortie de crise ? Si tel est le cas, le secteur culturel peut-il (veut-il ? doit-il ?) se l’approprier ? La greffe peut-elle prendre… ? Autant de questions auxquelles s’intéresse cette livraison de l’Observatoire.

Nul doute qu’en préparant ce numéro, nous avions pour ambition de saisir le tiers-lieu dans toute son amplitude. Mais le concept résiste à l’inventaire. Il ricoche. Il change de trajectoire. Du third place (troisième lieu) défini par R. Oldenburg au « tiers-lieu », le concept semble s’être déplacé. Il désigne tout autant l’espace de coworking, le fab lab, le hacker space, les projets collaboratifs d’innovation ouverte que l’espace d’occupation temporaire, le campus ouvert, le laboratoire citoyen ou le lieu hybride en devenir, etc. Ce qui rend toute taxinomie caduque et toute exhaustivité impossible. Les tiers-lieux sont protéiformes. Ils obéissent chacun à des microcultures (1) qui font leur identité propre. Dans ce voyage aux pays des tiers-lieux, la plus grande difficulté pour le lecteur sera probablement d’accepter de naviguer sans boussole et sans référentiel connu auquel se rattacher. Car les tiers-lieux sont la plupart du temps des lieux de non programmation. Ils n’ont pas d’activité étiquetée. Les porteurs de projet revendiquent l’invention et le renouvellement perpétuel au gré des personnes qui le constituent. Ils font le pari de la « réversibilité des lieux » (S. Ricard) en concevant des espaces non figés, non dédiés à un type de pratique, pour que des usages non programmés puissent trouver leur place dans le futur. Une définition « en creux » pourrait finalement être une façon de qualifier le tiers-lieu…

Que sont donc ces « espèces d’espaces » et qu’apportent-ils à notre façon de faire et de vivre la culture ? Plusieurs hypothèses sont évoquées.

En première lecture, un regard dans le rétroviseur s’impose. Vingt ans après la mission Nouveaux Territoires de l’Art (NTA) portée par l’Institut des villes, il n’est pas inutile d’appréhender le tiers-lieu dans une filiation avec ce qui l’a précédé. Le tiers-lieu n’est pas ce deus ex machina que l’on voudrait voir, il prolonge à bien des égards la voie que les lieux intermédiaires et indépendants (squats, friches, lieux de fabrique artistique…) ont tracé hors des lieux et des pratiques institués. Il ne remplace pas, il ajoute. Ainsi que le rappelle N. Aubouin, les passerelles entre lieux intermédiaires et tiers-lieux sont nombreuses, que ce soit dans leur dimension politique, leur fonctionnement collectif, la porosité entre les disciplines, ou encore la créativité et l’expérimentation qui sont à l’oeuvre.

Dans ces conditions, comment faut-il interpréter cet engouement pour les tiers-lieux ? Plusieurs auteurs de ce numéro nous invitent à la prudence. Ils questionnent tout d’abord le jeu d’étiquettes qui concourt au cloisonnement des initiatives (A. Idelon) et, sur ce point, on peut redouter que l’appellation « tiers-lieu » ne vienne s’ajouter au millefeuille sémantique déjà existant pour penser/classer le monde culturel, façon commode pour des partenaires institutionnels de justifier des labels et des attributions de crédits. Par ailleurs, de même que le concept de ville créative a été le mantra des collectivités pour relancer l’attractivité territoriale, le tiers-lieu pourrait bien aussi devenir, si nous n’y prenons pas garde, l’alibi facile de stratégies d’aménagement ou l’objet d’instrumentalisations publiques et privées (F. Lextrait). Enfin, quelle place est réservée à la création et à l’artistique dans ces écosystèmes créatifs ? C’est un autre point de vigilance à prendre en compte.

Le regard de ceux qui ont été les pionniers de la « démarche tiers-lieu » est nécessaire pour nous aider à mieux saisir la mécanique en mouvement. Il ouvre sur une deuxième lecture : le tiers-lieu est à considérer comme un objet social et politique (A. Burret, Y. Duriaux). Il bouscule notre rapport au travail, notre responsabilité individuelle à travers le faire et l’agir, notre capacité à fabriquer des « communs », à inventer d’autres modèles de gouvernance. Le tiers-lieu illustre tout un corpus de valeurs héritées de la culture numérique et en porte le code génétique ainsi que l’explique S. Fredriksson. Il s’est construit à la fois en réaction aux effets de la technologie et en réponse à celle-ci. Pour en comprendre l’esprit, il faut s’immerger dans cette pensée hacker : il faut voir le tiers-lieu comme la transposition culturelle et technique des logiciels libres et open source et comme un espace d’élaboration collective.

Mais la question demeure : le secteur culturel peut-il s’acculturer à ces valeurs ? Est-il préparé à un tel chambardement
organisationnel qui verrait disparaître ses hiérarchies, ses codes, ses habitudes de travail ? Sommes-nous prêts nous-mêmes, en tant qu’usagers, à accepter qu’un jour, des bibliothèques, des musées, des scènes nationales ne soient plus des lieux dédiés mais des lieux hybridés où l’on viendrait tout autant pour travailler, boire un verre, régler des démarches administratives, lire un livre, assister à un concert, voir une exposition, etc. ? Est-ce la garantie du « lieu de vie » tant désiré par les institutions culturelles ? R. Besson fait l’hypothèse que les tiers-lieux culturels, pour se donner les moyens de leur ambition, ne sont pas complètement prêts, tant il faudrait qu’ils réussissent au préalable à dépasser un certain nombre d’antagonismes ancrés dans leur ADN (par exemple entre science/savoir, lieu institutionnel/lieu alternatif, espace de réflexion/espace de sociabilité, etc.).

Pourtant, de belles réussites existent déjà. Ainsi que le rappelle M. Servet, l’approche « troisième lieu » a permis à la bibliothèque, en élargissant le périmètre de sa mission, de sortir d’une crise et de retrouver un nouveau souffle auprès des usagers. D’autres démarches, telle que celle menée par la Coopérative Tiers Lieux, montrent également que le tiers-lieu commence à faire école : ce sont des espaces de sociabilité et de proximité dans leurs territoires, des organes de coopération locale, des catalyseurs d’initiatives citoyennes, des formes nouvelles d’apprentissage (L. Aigron, L. Manuel), etc.

Une troisième lecture s’impose. Si le tiers-lieu ne constitue pas un modèle évident à suivre, il incarne de toute évidence une promesse de renouvellement. De ce point de vue, il faut l’envisager comme l’objet totem d’un monde en transition. Voire, ainsi que l’analyse C. Liefooghe, comme un espace transitionnel en référence au concept du pédopsychiatre D. Winnicott : une aire d’expérience intermédiaire. Peut-être que le tiers-lieu n’est pas encore l’objet fini et modélisable dont on pourrait se saisir pour résoudre les équations qui posent aujourd’hui problème (culture et lieu de vie, culture et vivre-ensemble, culture et nouvelle sociabilité urbaine), pour autant on peut considérer qu’il ouvre un passage. Les tiers-lieux sont à situer dans leur contexte d’apparition : montée en puissance de la société du savoir, âge du faire, transformation des modèles de développement urbain et culturel, ils incarnent ce nouveau monde mais, plus encore, ils préfigurent un nouveau cycle de politiques culturelles (C. Ambrosino, V. Guillon). Ils préfigurent aussi ce « tiers » (tiers-espace, tiers-lieu, tiers-paysage…) que la société tente de faire émerger. Il faut les voir comme des alternatives à la logique concurrentielle et productiviste, comme des contre-espaces, des zones de résistance qui génèrent des « effets de bordures » ainsi que l’analyse H. Bazin.

Le tiers-lieu n’est pas un gadget, pas plus qu’il ne se crée pas avec deux ou trois imprimantes 3D et un peu de mutualisation, il est à considérer avec sérieux dans notre capacité à penser une société résiliente et à fabriquer la ville autrement.

Entre milieu urbain et rural, entre mastodonte et lieu minimaliste, le tiers-lieu répond à des réalités et des enjeux territoriaux différents auxquels s’intéresse ce numéro en évoquant autant les démarches de la MYNE à Villeurbanne, du Centquatre à Paris, de DARWIN à Bordeaux, de l’Hôtel Pasteur à Rennes, du Medialab Prado à Madrid, du Campus ouvert de Cergy-Pontoise, etc. que les expériences portées par des bibliothèques rurales ou par le collectif Carton Plein dans l’occupation d’espaces vacants. Et ce, pour mieux saisir la palette d’interventions qui fait des tiers-lieux des espaces d’avenir.

1– Olivier Cléach, Valérie Deruelle et Jean-Luc Metzger, « Les “tiers lieux”, des microcultures innovantes ? », Recherches sociologiques et anthropologiques, 46-2 | 2015, 67-85.




Sommaire

Édito
Un nouvel âge de la censure
Tribune
Les paradoxes du Pass Culture
Dossier
Tiers-lieux : un modèle à suivre ?
Le tiers-lieu, objet transitionnel pour un monde en transformation
OEuvrer en commun. Le « nouveau monde » des politiques culturelles et urbaines
Les tiers-lieux culturels. Chronique d’un échec annoncé
2001-2018 : des nouveaux territoires de l’art aux tiers-lieux
Les Lieux intermédiaires et indépendants
Tiers-lieu culturel, refonte d’un modèle ou stratégie d’étiquette ?
DARWIN Écosystème : un géant aux pieds d’argile
Archipel 21. Un laboratoire pour repenser le monde
Dynamiques organisationnelles, modes de gestion et institutionnalisation de différents tiers-lieux culturels
Le Centquatre en tous lieux
L’Hôtel Pasteur, de la faculté dentaire à l’école buissonnière : un tiers-lieu multiusages
Refaire le monde en tiers-lieu
La MYNE : pour une capacité d’agir citoyenne
 
Tiers Lieux Libres et Open Source : repolitisation des pratiques et mécanismes de reconnaissance au sein de configurations collectives
La piscine du soir, le dancing irlandais et les lieux vides…
La FabricA : un rêve nécessaire
La Coopérative Tiers-Lieux : peut-on faire école des tiers-lieux ?
Au coeur de la cité et du campus, un Lieu de Vie(s) et de Savoirs s’invente à Cergy-Pontoise
Les bibliothèques, des troisièmes lieux culturels à forte valeur humaine ajoutée
Le Medialab Prado de Madrid. Du centre culturel au Laboratoire Citoyen
La Renouée, creuset d’initiatives et de lien social en milieu rural
Les bibliothèques rurales, un enjeu pour la vitalité des territoires
Vive la vacance ! Les tiers-lieux au service des territoires en transition
Un tiers-lieu nomade au service de territoires créatifs et innovants
La centralité populaire des tiers-espaces
Clarifier le droit de la culture
Biblio
L’action culturelle à l’épreuve des nouveaux médias
La critique d’art, outil de reproduction ou de critique des inégalités de genre dans les mondes artistiques ?
Quel rapport au temps dans le travail artistique ?
Exercice de lucidité sur la culture