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Cultures de la nuit : quels enjeux et quels défis ?

Introduction

luc gwiazdzinski, lisa pignot et jean-pierre saez

La nuit est une question de politique publique qui impacte autant la question de la vie culturelle, du travail, de la mobilité, de l’éclairage urbain, du tourisme, etc. Les politiques de la nuit qui émergent apparaissent en tension entre impératifs d’ordre public et logiques de marketing territorial. Comment les accompagner en termes de politiques publiques ? Quelles questions soulèvent les pratiques artistiques et culturelles nocturnes en termes de gestion des mobilités, d’ouverture des lieux artistiques et culturels ou de mise à disposition des espaces publics, d’organisation de l’offre culturelle mais aussi de demande de groupes sociaux divers ? Quels problèmes de voisinage et de sécurité ces activités engendrent-elles ? En quoi stimulent-elles les coeurs de ville mais quelles contraintes particulières représentent-elles par ailleurs ? Comment traiter une demande parfois contradictoire sur la nuit ?

Entre liberté et insécurité, médiation et régulation, nous vous entrainons à la découverte des nuits du XXIe siècle, enjeux de politiques publiques, de développement durable, de droit, d’art, de création et de culture, laboratoires des paradoxes où s’inventent d’autres modes d’observation, de pilotage et de gouvernance plus transversaux, créatifs et inclusifs. C’est une invitation à plonger dans une nuit où tout est poussé à l’excès, comme dans une caricature du jour, à la recherche d’une « pensée nuitale » où le « droit à la ville » dialogue avec « le droit à la nuit », la demande de services avec le besoin de repos, aux limites de la schizophrénie.

« Nous demandons légitimement à la pensée qu’elle dissipe les brouillards et les obscurités » (1). La métaphore nocturne est toujours utilisée pour mettre en évidence les formes de l’erreur, ignorances, préjugés, superstitions ou fanatismes. Elle est désignée comme l’antithèse de la vérité dans les sciences, la morale, la politique ou la religion. Le siècle des Lumières s’est construit contre la nuit. Dans le Dictionnaire des idées reçues, Gustave Flaubert a bien résumé la charge morale qui pèse sur la nuit : « MINUIT. Limite du bonheur et des plaisirs honnêtes ; tout ce qu’on fait au-delà est immoral ». Le pouvoir a toujours cherché à la contrôler comme le prouve la persistance des couvre-feux qui surgissent au moindre signe de désordre. Pourtant, la nuit est aussi une « nouvelle frontière » – au sens américain du terme – pour l’invention et la créativité. Le siècle qui s’ouvre pourrait se construire avec la nuit. Sa colonisation accélérée par les activités du jour met en évidence des résis¬tances, les dangers d’une accélération et d’une banalisation. Comme un miroir grossissant, la nuit est un laboratoire des mutations en cours dans nos sociétés offrant un formidable territoire d’investigation et d’expérimentation aux organisa¬tions publiques et privées, aux artistes et aux citoyens. Voici donc un nouvel espace-temps pour des politiques publiques qui concerne autant la vie culturelle, le travail, la mobilité, l’éclairage urbain, le tourisme, etc. (Gwiazdzinski).

RÉVÉLATEUR D’EXCÈS ET PÔLE DE RÉSISTANCE
Caricature du jour et miroir déformant, la nuit révèle l’Homme et ses excès. Vue du ciel, la lumière urbaine dévoile la structure et l’organisation des villes. A contrario, depuis le sol, elle nous empêche d’apercevoir le spectacle gratuit des étoiles. Plus grave, la pollution lumineuse met à mal les écosystèmes, perturbe les migrations animales et les biorythmes circadiens (Younès). Elle devient un révélateur et un lieu de mobilisation et de débat sur le développement durable. Elle est aussi un support poétique, une métaphore de la résistance où chaque veilleur est une luciole (Younès) pour reprendre la figure de Pasolini. À Berlin et dans d’autres villes, l’Histoire a montré que les nuits jouaient le rôle de soupape de sécurité (Grésillon) et autorisaient une réaction subversive à une situation géopolitique menaçante, oppressante ou inédite. L’arrivée au pouvoir de gouvernements d’extrême droite comme au Brésil fait de cette fonction de soupape un enjeu pour les libertés, pour la culture et pour la nuit (Lima).

CONFLITS ET MÉLANGES

L’existence d’une vie nocturne festive est devenue un enjeu d’attractivité pour les villes et, en même temps, une question de cohabitation entre populations qui ne vivent pas aux mêmes rythmes, donc un enjeu anthropologique. La nuit est à la fois un lieu de conflits entre la ville qui dort, qui travaille et qui s’amuse et un lieu de rencontre. Elle permet le croisement des cultures et des langages comme à Montréal où elle défie les frontières linguistiques, avec un degré de mélange qui varie selon les établissements de nuit observés (Straw). Ailleurs, elle est aussi l’outil et le support d’une rencontre particulière entre un public et une institution culturelle, par exemple lors de la Nocturne des étudiants au Musée de Grenoble, moment fort de l’implication des étudiants dans la vie artistique et culturelle de la ville (Dumasy, Tosatto) ; ou encore avec le développement de la Nuit de la lecture pour démocratiser l’accès aux média¬thèques (Robert). Il y a bientôt vingt ans, le lancement des premières Nuits blanches avait mis l’art contemporain dans la rue à la portée de tous, contribué à la fabrique d’un espace public nocturne et permis de tester l’ouverture tardive des services publics – notamment des transports – dans un vertueux glissement de l’extraordinaire vers l’ordinaire, de la possibilité d’une fête à l’amélioration de la vie quotidienne.

COLONISATION ET RÉSISTANCES
La nuit est de plus en plus exploitée par les acteurs publics et privés. Elle est devenue un marché pour les acteurs écono¬miques mais aussi une nouvelle frontière pour les activités comme le tourisme urbain (Queige). Des politiques publiques se déploient. Les services dépassent les bornes pour conquérir la nuit : à l’exemple des bibliothèques « troisième lieu » de vie – qui remplissent à la fois un rôle social et culturel – (Robert), ou des équipements sportifs comme les piscines et les gymnases qui ouvrent plus tardivement.

ESPACE FRAGILE ET SUPPORT DE REVENDICATIONS PLUS LARGES
Espace-temps fragile, la nuit est aussi un territoire de revendica¬tions notamment pour la jeunesse qui réclame régulièrement un droit à l’espace pour la vie nocturne (Berthet). Elle est devenue le support d’actions plus larges sur le développement durable comme Nuit en plein jour. Les protocoles de « marche sensible de nuit » qui se déploient dans de nombreuses villes à la suite des démarches pionnières des féministes canadiennes, permettent de vaincre et de dénoncer la peur des femmes dans l’espace public la nuit et de s’attaquer plus largement à la peur comme construction sociale, sociologique et historique et instrument de la domination masculine (Lapalud, Blache).

DE LA LUMIÈRE COMME OUTIL DE MARKETING À LA LUMIÈRE MATIÈRE ET SUJET

La lumière utilisée comme outil événementiel et de marketing pour des fêtes thématiques comme la Fête des lumières de Lyon est désormais utilisée pour développer l’aspect éducatif et l’intégrer dans les politiques publiques comme à Alingsås en Suède (Sehlin). Avec la Journée internationale de la Lumière dans plus de 80 pays, l’Unesco rend hommage à la lumière en tant que sujet, et non en tant qu’objet ou simple outil (Matic). La nuit est un terrain d’expérimentation pour les artistes et notamment pour celles et ceux qui s’intéressent à la lumière. Les expositions montrent l’intérêt des artistes, peintres (Gwiazd¬zinski) mais aussi cinéastes pour la lumière. La nuit n’est pas seulement une représentation, c’est aussi une matière pour les artistes (Kersalé), un support à mobilisation, une forme, un leurre, un supplément de sens et d’âme pour explorer les territoires (Kanaan), ou imaginer les métropoles de demain avec les parcours et traversées urbaines, à la fois aventures collectives, formes et expériences artistiques conçues comme de nouveaux instruments culturels vivants (De Muer).

VALEURS DE LA NUIT ET DROIT À LA VILLE EN CONTINU
Face à l’orgie de lux et aux dangers de la société de la transpa¬rence, l’obscurité doit être choyée comme une pépite et non plus redoutée comme un repoussoir (Kersalé). Il faut chercher à en faire une alliée. Au-delà de la lumière, c’est la vie nocturne qui peut devenir une dynamique de création de l’espace urbain (Berthet). La jeunesse est particulièrement concernée et l’enjeu central de la nuit urbaine n’est donc sans doute pas tant la tranquillité que le meilleur progrès des libertés (Moreau). Les signataires du Manifeste de la nuit : à la recherche d’une citoyenneté 24h (2) défendent l’idée que la nuit ouvre sur un éventail infini de possibilités et de nouvelles pistes de coexistence sociale, vers une ville créative et durable 24 heures sur 24 (Lima).

NOUVEAUX OUTILS DE DIALOGUES ET DE MÉDIATIONS POUR UNE NUIT APAISÉE
Dans la ville clivée où les créateurs d’établissements de nuit se rêvent en dirigeants de « start-ups de la nuit », les expéri¬mentations s’éloignent du contrôle pour aller vers la média¬tion (Hartmann-Fritsch) avec l’intervention active d’un tiers impartial – collectivités locales – dont il faudra préciser le rôle (Tallédec). Un nouveau dialogue s’installe entre acteurs de la nuit et pouvoirs publics symbolisé par les Chartes de la vie nocturne (Dujardin) comme à Lyon et Rennes et, en amont, avec la mise en place progressive de commissions municipales de débits de boissons (Nantes, Strasbourg, etc.) qui jouent un rôle d’espace consultatif (Tallédec). D’autres modes de travail et de partenariats émergent dans les villes autour de la nuit. De nouveaux types de médiation apparaissent comme les « médiations artistico-performatives » dans le quartier branché de Friedrichshain-Kreuzberg à Berlin. Comme à Paris, avec l’expérience des Pierrots de la nuit, des équipes mêlant des artistes du théâtre de rue et des « communicateurs.trices de rue » ont été mobilisés pour sensibiliser les couche-tard aux nuisances nocturnes sur les zones sensibles (Klisch, Raab).

ÉMERGENCE DE POLITIQUES NOCTURNES TRANSVERSALES
La nuit est un sujet parfait pour la transversalité avec la création de dispositifs d’échanges interdisciplinaires et multiscalaires comme la Plateforme nationale de la vie nocturne (Tallédec). À Genève, une démarche de diagnostic (Genève explore sa nuit), basée notamment sur une « traversée nocturne » de l’agglomé¬ration transfrontalière et de benchmarking, a permis de poser les premiers jalons d’une politique de la nuit (Kanaan) et a abouti à la création du Grand conseil de la nuit. Dans 45 villes, des « maires de la nuit » – élus ou désignés selon différentes modalités – portent désormais haut et fort, différentes reven¬dications et projets (Milan, Gwiazdzinski) pour un territoire temporaire et cyclique et ses habitants. À Paris, après les États généraux de la nuit en 2010, un adjoint sur les questions de vie nocturne a désormais pour mission de redynamiser la nuit. Un Conseil de la nuit a été créé afin de promouvoir une approche transversale et équilibrée pour vivre la nuit (Hocquard) et un Comité des noctambules permet d’associer les Parisiens à la démarche. Ailleurs, comme à Rennes, métropole pionnière en matière de politique temporelle, c’est un bureau des temps, positionné en « tiers neutre » (Krüger), qui réfléchit à la nuit mais aussi aux midi-deux et aux dimanches – d’autres espaces-temps en mutation.

Toute la difficulté et tout l’intérêt d’une réflexion sur la nuit – « pouvant être noire et blanche à la fois » comme le proposent les cruciverbistes – tient en trois phrases. La première s’intéresse à l’équilibre et aux limites : sans lumière pas de nuit urbaine mais trop de lumière tue la nuit. La seconde, très utilitariste, s’interroge sur ce que la nuit peut dire au jour et au futur de nos sociétés. La troisième, enfin, pose la question de l’acte même de connaissance : faire le jour sur la nuit, n’est-il pas une manière de la tuer ?

La nuit nous échappe encore, il est déjà tard. « Plus rien ne s’oppose à la nuit / Rien ne justifie » (3).

1– Morin E., 1990, Introduction à la pensée complexe, ESF Éditeur, 158 p.
2– https://issuu.com/invisiveisproducoes/docs/manifesto-19_digital
3– Hommage à feu Alain Bashung pour « Osez Josephine » (Bashung, Fauque), 1991, Barclay Records.





Sommaire

Édito
La coopération peut-elle sauver les politiques culturelles ?
Tribune
Pour une Capitale française de la culture
Dossier
Introduction
La nuit, nouveau territoire des politiques publiques
Des lucioles dans la nuit
La nuit Manifeste. Pressions sur les nuits brésiliennes
Les politiques temporelles et la nuit : l’action du Bureau des temps de Rennes
Le genre la nuit. Espace sensible
Imaginaires et politiques de la nuit montréalaise
Comment réglementer les différents usages de la nuit ?
La Plateforme nationale de la vie nocturne : un espace européen singulier
Nuits parisiennes : la diversité avant tout
L’avenir du tourisme urbain, c’est la nuit !
Le Maire de la nuit comme médiateur
Genève : pour une « gouvernance de la nuit » collaborative et horizontale
 
La vie nocturne : un acte politique pour faire la ville
Quand la nuit vampirise le jour : réinventer les codes de la « club culture »
La Journée internationale de la Lumière
Pour une nouvelle culture de la lumière
Alingsås, l’atelier de lumières du monde
Constellations pédestres
Peindre la nuit. La promesse d’une expérience
La Nocturne étudiante ou le musée transfiguré
Jeunesses et vie nocturne : vers une ville plus altruiste
Nocturnes en bibliothèque : nouveaux publics, nouvelles pratiques ?
Médiateurs de la nuit : le projet fair.kiez à Berlin
Mes nuits sont plus belles que vos jours : une lecture géopolitique des nuits de Berlin
Biblio
Les élus sous l’angle de l’intime
Quels accès aux savoirs et à la culture en dehors de l’école ?
Le Sistema : au-delà des réussites exemplaires