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La culture à l'âge de l'intercommunalité

Un portrait du ministère de la Culture en objet d’affection et d’exigence

Pour le 60e anniversaire du ministère de la Culture

jean-pierre saez

J’ai arpenté la rue de Valois pour la première fois au début des années 80. Ce qui m’a marqué, à travers les premiers échanges que j’engageais avec la « Centrale », c’est la fierté et l’attachement sentimental que suscitait ce tout jeune ministère chez les fantassins qui l’avaient rejoint.

Ils venaient d’horizons les plus variés : l’Université, l’enseignement, l’éducation populaire, l’action artistique et culturelle, l’ENA, ou même, pour les plus anciens, l’administration coloniale. Un attachement tout à fait partagé par les différents mondes de la culture qui gravitaient autour du Palais royal. Cette affection se conjuguait déjà avec une immense exigence à l’égard de la grande Maison. Elle incarnait une idée si neuve, si audacieuse alors, la démocratisation culturelle, qu’il fallait déjà lui en demander des comptes. Cette attitude était caractéristique des nouvelles générations de professionnels portées par la vague du développement culturel local des années 70 et l’embellie de la culture dans le projet de la nation à partir des années 80. Ils incarnaient deux grandes sensibilités : les uns faisaient avant tout le pari de la création, les autres se montraient plus soucieux d’action culturelle pour « développer les publics », disait-on alors. La notion de participation à la vie artistique et culturelle, devenue d’un usage plus courant dans les années 2000, ne faisait pas partie du vocabulaire de cette époque. Ce changement de référentiel n’a rien d’anodin, mais je reviens d’abord à mon récit...

Les uns et les autres partageaient un même comportement enthousiaste, engagé. Et le goût de la controverse ! Les débats sur la finalité des politiques culturelles, auxquels chacun ne manquait pas de contribuer, n’étaient pas tellement consensuels. Après tout, c’est une marque de fabrique plutôt rassurante de ces politiques, le signe qu’elles s’inscrivaient dans un cadre démocratique. La vitalité des échanges qui s’exposaient sur la place publique depuis au moins la Déclaration de Villeurbanne en 1968, n’empêchait pas de considérer le ministère, âgé d'à peine plus de 20 ans, comme une institution précieuse, méritant d’être protégée et confortée comme une jeune personne pour laquelle il valait la peine de faire beaucoup. Ce dévouement n’a jamais fait défaut aux générations suivantes, mais toutes n’ont pas eu la chance d’être portées par ces élans pionniers, même s’il a bien fallu, par la suite, procéder à quelques bilans d’inventaire.

Parmi les administrateurs du ministère de l’époque, beaucoup se comportaient davantage en missionnaires de la culture qu’en techniciens des politiques publiques, avec les défauts mais surtout les qualités qu’impliquait cette posture, pourrait-on dire. Même si cela ne se savait pas forcément, un certain nombre d’entre eux étaient issus de la mouvance de l’éducation populaire. Quel paradoxe que ce ministère, qui s’était construit en se distinguant du champ et des méthodes de l’éducation populaire, mais qui continuait d’en faire vivre quelque part l’esprit à travers l’engagement passionné de ses ex-représentants !

Si c’était à refaire ?
Autre paradoxe : plusieurs des anciens ministres de la culture, ayant exercé dans les années 1990 - 2000, me confiaient, encore tout récemment, que si c’était à refaire, ils préconiseraient une refondation du ministère pour allier culture, jeunesse et éducation populaire. Peut-être faut-il comprendre dans cette recommandation que les ministres successifs ont trop souvent manqué de temps pour favoriser des impulsions ou des réformes durables. Encore heureux qu’une certaine continuité de l’action ministérielle ait été garantie par les fonctionnaires de la culture. Peut-être ont-ils perçu – particulièrement dans le courant des années 2000 – que l’on avait sollicité les agents de la Centrale plus que de mesure pour s’occuper trop exclusivement de la mise en place d’une myriade d’indicateurs, dont aucun algorithme ne saurait faire la synthèse, quand il devenait urgent de revitaliser le projet du ministère. Peut-être aussi ont-ils regretté que la grande ambition en faveur de l’éducation artistique et culturelle, dont le Plan Lang-Tasca était à la fois un aboutissement et un commencement, ne soit pas inscrite plus définitivement comme un projet national majeur. Pourquoi souhaitent-ils désormais donner une telle importance à cette démarche de formation et de sensibilisation aux arts et à la culture ? Peut-être parce qu’ils font trois hypothèses majeures. La première, c’est qu’elle est une source d’éveil, de construction de soi, d’éducation informelle et d’épanouissement incomparable. La seconde, c’est qu’elle représente le chemin le plus pertinent pour impliquer tous les enfants et les jeunes dans une relation continue aux arts et à la culture. Ainsi l’ambition de l’EAC permet-elle de poursuivre la construction d’un grand projet démocratique et de donner concrètement son sens à l’idée de droit culturel. La troisième motivation qui transparaît à travers le point de vue des anciens ministres, c’est que, en stratèges des politiques culturelles, ils savent que l’EAC s’inscrit dans un écosystème basé sur la coopération des acteurs d’une part, et sur le « carburant » fourni par les ressources artistiques et culturelles d’autre part, au premier rang desquelles figure la création artistique. Ainsi, sans création et donc sans artistes, aucune politique culturelle digne de son temps n’est possible. On pourrait ajouter avec la même légitimité, sans patrimoine non plus ! C’est d’autant plus vrai si l’on veut bien accepter que « tout patrimoine est contemporain » et tout ce qui s’ensuit (1).

Politique culturelle : une idée neuve !
Depuis 2013, une nouvelle impulsion a été donnée à l’éducation artistique et culturelle. Le ministère de la Culture y consacre des efforts toujours plus importants et les DRAC en font une politique de plus en plus prioritaire et de plus en plus lisible aussi. Tandis que le numérique happe toujours plus notre attention, les enjeux en la matière sont gigantesques – notamment en termes d’éducation à la culture numérique. Si le numérique déstabilise pour une part les politiques culturelles publiques, il leur offre aussi des perspectives d’invention inédites. Autant de pistes qui nécessitent un effort exceptionnel de l’ensemble des mondes de la culture et sur lesquelles le ministère est également engagé.

Ce que l’on peut souhaiter à toutes celles et tous ceux qui font le ministère pour aller toujours de l’avant, c’est de cultiver un lien étroit et permanent avec les marginaux de la culture contemporaine, ceux qui esquissent des pistes d’avenir dans des espaces conçus comme des laboratoires, qui mobilisent ou non les technologies numériques, et qui peuvent être autant de sources d’inspiration.

Ce que l’on peut souhaiter à tous les fantassins de la culture qui oeuvrent ici et là dans les territoires, c’est que le ministère encourage encore et toujours, avec leur contribution et l’engagement conjoint des pouvoirs locaux, la confrontation constructive d’idées et d’expériences. Il n’y a pas meilleur moyen de préparer l’avenir et de faire vivre cette idée si subtile et si profonde de politique culturelle en régime démocratique.

1– Selon la brillante formule de Dominique Poulot.




Sommaire

Édito
Un portrait du ministère de la Culture en objet d’affection et d’exigence
Débats
L’esthétique pragmatiste : un enjeu politique
Dossier
La culture à l'âge de l'intercommunalité
L’intercommunalité réinvente-t-elle (enfin) les politiques culturelles ?
L’intercommunalité en quelques dates et en chiffres
Les trois âges de l’intercommunalité
Les mutations de l’intercommunalité culturelle
Le processus de transfert d’un équipement culturel vers une intercommunalité
Culture et intercommunalité : un pari risqué ? Un pari gagnant !
Projet culturel métropolitain : comment trouver le bon équilibre ?
Les paradoxes du discours culturel métropolitain
Les métropoles et la culture : transferts et entrelacs
La culture à Annecy : relever le défi de la commune nouvelle
La Métropole de Lyon : un cadre inédit pour la culture
Le grand pari(s) de la culture ? Les établissements publics territoriaux et la compétence culturelle : le cas d’Est Ensemble
Face aux intercommunalités recomposées : le nouveau positionnement des départements
Projets culturels de territoire en Loire-Atlantique : un outil de référence pour impulser des politiques culturelles en concertation
Les projets culturels de territoire dans les intercommunalités
 
Projet culturel de territoire : l’exemple de la Communauté de communes de Nozay
Le projet culturel du Val d’Argent : une affaire de co-construction
Mettre l’intelligence collective au service des projets culturels de territoire
Les nouvelles dynamiques culturelles intercommunales ou la quête du sens
Le rôle des Régions dans l’intercommunalité : l’Occitanie, une approche pragmatique et renouvelée de la coopération territoriale
Le développement culturel intercommunal en Occitanie : quelles traces des expériences de projets culturels de territoire ?
Structurer des politiques culturelles de territoire : le travail de conventionnement de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes
Quand la culture capillarise le territoire
OEuvrer dans les territoires : de nouvelles manières d’être artiste
Comment l’intercommunalité culturelle régénère-t-elle l’idée de coopération ?
Focus sur une rencontre professionnelle
Théâtre et participation : une nouvelle donne esthétique et citoyenne ?
Biblio
Les institutions culturelles, laboratoire du genre ?
Qu’est-ce que l’agir culturel ?
Quelle évolution de la diversité du marché du livre à l’ère numérique ?
Cultures numériques : simples pratiques de jeunes ou changement de paradigme dans les politiques culturelles ?
Financement participatif dans la culture : panorama de la recherche
Des lieux infinis pour rassembler
Synthèses d'études
Qualifier et mesurer les effets des bibliothèques publiques sur leur territoire
L’éducation musicale à l’école : une priorité