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L'ère numérique : un nouvel âge pour le développement culturel territorial

Faire d'Internet un allié du développement culturel

jean-pierre saez

Internet est bien plus qu’une révolution dans la communication et l’information, plus qu’une révolution de l’économie-monde et de l’organisation du travail, de la formation et du temps quotidien, de l’espace public et de la culture. Agent de la mondialisation et de l’individuation de la société, Internet institue aussi une révolution permanente, pas seulement en raison des incessantes avancées technologiques qui le traversent et dont témoigne la multiplication des écrans, mais également du fait de la créativité sociale et de l’extension des pratiques qu’il engendre, de l’ébranlement du marché et des institutions qu’il provoque, du nouveau jeu démocratique qu’il suscite et qui appelle, au passage, un débat sur le sens de la démocratie elle-même.

En une quinzaine d’années, Internet et les technologies de l’information et de la communication ont connu un développement fulgurant. On estime à plus d’un milliard et demi le nombre d’internautes à la date d’aujourd’hui. Plus de 50 % des Européens sont connectés, les jeunes en premier lieu. Des chiffres imposants qui rendent d’autant plus criantes les inégalités d’accès dans un monde où le numérique impose sa loi et qui masquent aussi des inégalités d’usage. Certes, les différences générationnelles dans l’approche d’Internet sont flagrantes, quoique dans le détail, des nuances se manifestent à l’intérieur même de chaque classe d’âge ou entre elles (1). Le processus d’acculturation aux outils numériques montre déjà de nettes différences entre les jeunes âgés de 25 ou 30 ans et leurs cadets – les « natifs numériques » âgés de 10 ou 15 ans et ayant baigné très tôt dans l’environnement des ordinateurs, consoles vidéo, téléphones mobiles et autres supports numériques. Du côté des seniors, on constate également d’importantes variations dans les usages. Au-delà des spécificités générationnelles, subsistent des disparités socio-éducatives dans l’appropriation d’Internet qu’une observation superficielle pourrait laisser échapper.

Néanmoins, au total, les pratiques culturelles numériques finissent par occuper un espace-temps considérable dans la vie des individus. Quelle culture s’invente à travers la vaste palette des outils numériques ? Comment les industries de contenus occupent-elles le marché ? Quel rôle jouent les réseaux sociaux et autres coopératives d’acteurs à cet égard ? Quel est le pouvoir des moteurs de recherche dans la hiérarchisation des contenus et des marchés correspondants ? Quelle place occupent les pratiques culturelles plus classiques dans la vie sociale ? Comment penser l’avenir des politiques publiques de la culture dans ce contexte, tout spécialement au niveau local ?

D’un point de vue anthropologique, Internet produit un effet troublant : il atomise autant l’espace social qu’il est une source de reliance. Voici le lieu même du partage culturel auquel chacun peut accéder et contribuer. Cependant, comment donner un supplément d’âme à cet instrument ? Comment peut-il contribuer à l’émancipation individuelle et au vivre ensemble à la fois ? Cette conjonction est au coeur de toute politique culturelle.

L’erreur serait alors de baisser les bras, de considérer que la force sidérante des écrans, l’irrigation de la Toile par l’offre déployée par les grandes puissances du commerce numérique laisseraient inéluctablement les politiques d’intérêt général, celles de la culture notamment, à la remorque. Bon nombre d’acteurs démontrent par la pratique où peuvent se situer les attentes en la matière, comment relever les défis dans le domaine de la création, de la production, de la diffusion, de la formation, de l’information, de la valorisation (des projets et des territoires)… Par ailleurs, l’observation de la fréquentation des équipements artistiques et culturels à l’échelle nationale, ou à l’échelle locale quand ce type de données existent, montre sur la durée une certaine stabilité alors que les sollicitations d’ordre culturel n’ont cessé de se démultiplier. Ce qui tend à prouver que ceci- Internet – n’a pas vocation à tuer cela – les théâtres, les musées, les cinémas…

Les exemples d’innovation artistique et culturelle, de services coopératifs inédits, mais fragiles, abondent. Dans certains domaines, celui de la lecture publique par exemple, les professionnels ne cessent d’apporter des réformes à l’organisation de la relation au public des bibliothèques, la numérisation des fonds n’étant qu’un aspect des changements en cours. L’invention de services tel que le Guichet de tous les savoirs par les bibliothèques municipales de Lyon, la mise en place d’espaces de formation à Internet, d’ateliers d’écriture ici et là, la numérisation des fonds de bibliothèques départementales à l’instar de celle de l’Hérault constituent autant d’exemples de cette mue continue du monde de la lecture publique. Certes, le développement inéluctable du livre numérique va contribuer à une reconfiguration de l’édition, sans pour autant signer la mort du livre imprimé, c’est une certitude. Dans le secteur des archives locales, la demande mémorielle donne un nouveau souffle à des documents qui ne semblaient destinés jusqu’ici qu’à des spécialistes et qui sont susceptibles d’intéresser désormais tout type de citoyen. Dans l’espace cinématographique, la numérisation des petites et moyennes salles représente un enjeu considérable en termes de diffusion et d’aménagement du territoire. Les collectivités territoriales apportent une aide sensible à ce réseau. Toute mise en place d’un dispositif de modernisation des salles ne saurait se passer de leur expertise.

Dans le domaine des arts visuels, musicaux et sonores, l’innovation et l’élargissement des langages, leur hybridation avec des arts vivants, du cirque à la danse contemporaine en passant par le théâtre, participent au rafraîchissement de la création et appellent à un repositionnement des politiques institutionnelles et une recomposition du jeu des acteurs.

Mais puisque nous sommes promis à intégrer la cybercivilisation, l’urgence n’est-elle pas de travailler à la formation aux outils numériques, à la maîtrise de nos rapports aux écrans ? Il faut à cet égard tout autant lutter contre la fracture numérique que contre la très insidieuse fracture cognitive. On manque moins d’informations que de capacité à la traiter, à la choisir, à l’interpréter. C’est dans cet esprit qu’Yves Citton, dans une perspective voisine de celle de Bernard Stiegler, prône la réhabilitation d’une culture des Humanités (2) comme moyen de reprendre de la distance par rapport au flot communicationnel. Autrement dit, il convient de mettre nos forces dans une politique d’éducation, notamment artistique et culturelle, à la hauteur des enjeux civilisationnels que représente la société dite de la connaissance. Une telle politique doit mobiliser l’ensemble des institutions nationales et territoriales et des acteurs compétents. Les tergiversations, faux-semblants et résistances dont l’éducation artistique et culturelle est continûment l’objet ne sont plus de mise.

Le numérique est un fait. C’est aussi une chance pour le développement culturel. Comment faire évoluer les politiques culturelles territoriales par rapport à cet enjeu ? La réponse ne tombera pas du ciel, ni d’instances supérieures. Il faut la concevoir en s’appuyant particulièrement sur l’expérience et l’imagination de ceux qui innovent dans ce domaine, qui n’ont pas forcément une place encore bien visible dans le système culturel et qui peuvent contribuer à la formation de tous.

Article en mémoire de René

1 Voir les travaux récents d’Olivier Donnat, de Sylvie Octobre et d’Hervé Glévarec.
2 Yves Citton, L’avenir des Humanités, La Découverte, 2010.




Sommaire

Édito
Faire d'Internet un allié du développement culturel
Débats
La ville de demain sera une ville-nature
Tribune
Les grandes villes face aux nouveaux défis culturels
Dossier
Les pratiques culturelles à l’ère numérique
Du consumérisme à l’autonomie : le numérique vient d’entrouvrir une porte
Regard économique sur les promesses du numérique
Une culture des TIC comme méthode de gouvernance des territoires
Vers une culture de l’expérimentation
Quelle urbanité pour les non-lieux de la ville contemporaine ? La triple médiation des nouveaux médias
Vers un service public culturel numérique
Créer à l’ère numérique
Arts, sciences et territoires : un croisement fertile
Une plateforme d’intermédiation entre Territoires, Communautés et TIC
La société des arts technologiques (sat)
 
Médiathèques en mutation : les pieds sur terre, la tête dans les nuages
La Bibliothèque numérique de Roubaix
Les réseaux sociaux en ligne et l’espace public
Grigny et sa M@ison : l'internet pour tous
Géoculture : le Limousin vu par les artistes
Biblio
La décentralisation, œuvre ouverte ?
Ranimer la flamme de l’action culturelle
Repenser la filière du spectacle vivant
Pratiques et identités d’un festivalier
Démêler l’histoire des politiques culturelles française
Leo Castelli, grand marchand d’art contemporain
Le ghetto, notion ambivalente
Ce que fait le territoire à la culture : perspectives franco-suisses
Les territoires de la domination culturelle
Mainstream : une invitation paradoxale au pluralisme ?