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Culture et créativité : les nouvelles scènes

Médiation : L’an zéro ?

jean-pierre saez

Chaque journée est une leçon de la crise des médiations que nous traversons. Il suffit d’allumer son ordinateur, de fréquenter un tant soit peu Internet, quelque réseau social, d’allumer la télé, de considérer le spectacle de l’information, ou plus simplement celui du quotidien, de s’observer soi-même dans ses pratiques sociales pour aboutir à ce constat.

Le diagnostic n’est pas nouveau mais les symptômes s’aggravent. Paradoxe : bien des ressources pour conjurer cette crise sont disponibles quoiqu’insuffisamment exploitées ou reconnues. Mais le fait est : toutes les médiations sont en crise, qu’elles soient politique, éducative, sociale, culturelle, morale même en un certain sens. Pour Marcel Gauchet, cette crise de la médiation « concerne l’ensemble des structures, des institutions, des organisations qui remplissent une fonction d’intermédiaire entre la demande individuelle et l’offre collective au sein de l’espace public… ». On pourrait ajouter qu’elle est le signe d’une société débordée par l’accélération des transformations et des mutations qu’il faut à la fois affronter, assumer et réguler. D’autre part, elle traduit notre difficulté à enrichir notre conception de la médiation, c’est-à-dire à élargir le cercle des médiateurs, à développer nos relations : nous sommes tous des médiateurs, nous avons tous besoin de médiation, comme individus, dans nos métiers.

Du côté de la médiation politique, les difficultés trouvent leur origine dans de multiples sources : essoufflement du système politico-institutionnel ; affaiblissement des pouvoirs démocratiques traditionnels contrecarrés par des entités économiques qui s’émancipent du droit commun ; temporalités de la démocratie représentative bousculées par de nouvelles mobilisations citoyennes, par la contestation du fait majoritaire ou la défiance envers les élus.

Dans la « société de l’information », espace du temps pulvérisé, les chaînes d’information continue ont fait le choix du spectacle de l’information au détriment de la connaissance. Elles apparaissent de plus en plus comme des machines sans cerveau dont la principale fonction est de transmettre des nouvelles stroboscopiques. Dans l’espace mitoyen de la communication, il faut aussi considérer les multiples effets de l’Internet. L’un des plus puissants et des plus ambivalents est précisément de supprimer les médiations. Internet est certes un lieu de partage, de formation, de mise en relation, mais il constitue aussi un médiateur sans éthique, un forum de forums de commentateurs où le pire le dispute au meilleur, sans le moindre filtre. Toute politique de l’éducation ne peut s’élaborer qu’en tenant compte de cette réalité et les enseignants doivent totalement réinventer leur fonction de médiation dans ce contexte. Comment travailler avec cette donne numérique, redonner du recul, de la distance, contribuer au développement des capacités critiques de chacun ? Voici le défi compliqué et exaltant dans lequel l’enseignement est engagé.

Sur le plan sociétal, des vannes se sont ouvertes au point que l’on peut entendre s’exprimer, sans honte, des expressions de haine de l’autre, comme si elles pouvaient être légitimes. Combien de médiations ont manqué pour en arriver là ? S’il est vrai, comme le soutient Marcel Gauchet, que ce qui est au principe de cette crise, « c’est le phénomène d’individualisation qui travaille nos sociétés et qui remet en question l’ensemble des rapports sociaux et des structures collectives », alors les médiations instituées ne sont pas seulement en cause. La responsabilité de chacun ou de chaque groupe social est aussi engagée. Pour contrer ce délitement que l’on ne peut pas vraiment ignorer, nous savons qu’il nous faut agir ici et maintenant, depuis chez soi, mais aussi sortir de chez soi, de ses cercles relationnels, aller au devant du monde, puisque nous sommes tous des médiateurs. Cela n’exempte pas pour autant de renforcer ou d’inventer les politiques de médiation correspondant aux besoins du temps actuel. Et ces politiques doivent travailler à la conjugaison des responsabilités collectives et individuelles.

Pour refaire société, ce qui apparaît évident aujourd’hui, c’est la nécessité d’agir auprès de toutes les populations, dans les campagnes qui ont peur de l’étranger qu’elles n’ont jamais vu, dans les périphéries des métropoles comme dans les centres urbains ou les quartiers paupérisés, auprès des jeunes désœuvrés pour que cesse le décrochage social et symbolique à l’œuvre depuis des décennies (!), mais pas seulement auprès des jeunes. Le champ culturel a une place éminente à prendre dans cette bataille parce qu’il dispose de ressources incomparables. C’est le sens de L’appel de Nantes (1), lancé par une vingtaine d’associations et de réseaux d’acteurs culturels qui déclarent : « Comme tout acteur de la société civile, nous avons une responsabilité : porter les valeurs essentielles du “vivre ensemble” ».

Pour rendre concret cet engagement, la médiation est un outil et un moment qu’il convient de situer dans une perspective plus large encore, celle de la transmission. L’appel de Nantes précise ainsi : « Sans la transmission des savoirs et de la connaissance, sans la confrontation avec les œuvres de l’esprit, sans la mise en perspective des différentes identités culturelles, sans la possibilité pour chacun d’exercer une pratique artistique et d’avoir la vie culturelle de son choix, la démocratie s’expose aux dangers des forces régressives ».

L’expérience acquise en matière de médiation permet aussi de faire évoluer le débat et les pratiques : il s’agit notamment de faciliter la transmission, mais comment le faire sérieusement sinon dans une posture fondée sur l’écoute, le dialogue et la reconnaissance et non dans un esprit de condescendance, de démonstration ou de livraison d’un prêt-à-penser ? Plus encore, le temps de la médiation qui est appelé à se développer doit pouvoir conjuguer, comme cela est très bien dit dans cette livraison de l’Observatoire, une approche descendante, ascendante et horizontale (2). Descendante pour poursuivre le travail de sensibilisation des publics et d’élargissement de la participation à la vie culturelle ; ascendante, pour tirer partie de toute compétence ; horizontale, pour bénéficier de l’expérience de tout pair, de tout professionnel ou acteur d’autres champs. Ainsi, il ne suffit pas d’appeler à une organisation plus transversale des politiques publiques, encore faut-il, par exemple, que les professionnels de la culture, pour sortir de leur milieu (et vice versa) et engager des coopérations avec d’autres mondes sociaux, soient accompagnés dans cette démarche coopérative, que des passeurs soient identifiés pour faciliter les liens.

Élargir les stratégies de médiation, élever le niveau de la médiation, élever la considération pour la médiation : voici à notre sens trois lignes de réflexion et d’action à approfondir dans le champ artistique et culturel comme dans toute autre sphère de la société. La médiation a pour objet de contribuer à élargir les repères de chacun ou d’en acquérir de nouveaux. Elle représente un besoin de fond pour donner toute sa chance au vivre ensemble. Dans le domaine artistique et culturel, pour demeurer vivante et dynamique, elle doit se nourrir constamment d’actes de création et d’œuvres. Tout comme la politique culturelle est une politique de fond, qui doit en même temps être réinventée en permanence. Or, les politiques culturelles, tout particulièrement au niveau territorial, n’ont jamais été aussi fragilisées qu’aujourd’hui. Tout ce que l’on détricote, tout ce que l’on détruit aujourd’hui sera payé au centuple : moins de lien social, moins de nourritures imaginaires, moins de repères, moins de sens, moins de développement humain, moins d’emplois, moins de rayonnement, moins de République.

1– L’appel de Nantes, BIS, 21 janvier 2016.
2– Cf. Danielle Pailler et Caroline Urbain, p. 66.




Sommaire

Édito
Médiation : L’an zéro ?
Débats
Pour une politique culturelle de l'accès
Dossier
Du cluster à la scène : l'encastrement des activités artistiques dans le territoire
Scène, scènes, essaimage d'un mot
La scène comme outil d'analyse en sociologie de la culture
Le potentiel inexploité des arts de la rue à Marseille : une chance pour la future Métropole ?
Éthique punk DIY vs éducation populaire. Analyse de l’émergence et de la persistance d’une scène musicale locale
Penser la métropole à « l’âge du faire » : création numérique, éthique hacker et scène culturelle
Architectes et urbanistes réfractaires
Les possibilités d’un « dépaysement »
Arts et aménagement des territoires
La scénographie urbaine, émergence d’une fonction
 
Du spectacle à l’aménagement urbain, des machines pour transformer la ville
Du cluster culturel à la scène ? Glissements sémantiques dans le cas nantais
Le Quartier de la Création à Nantes : un laboratoire des transformations des politiques urbaines
Scènes, hors scènes, (non)publics : comment faire oeuvre(r) ensemble artistes, professionnels de la culture, acteurs du champ social et citoyens ?
Les liens au public depuis une scène nationale
Du hors-scène vers la scène : la musique jazz improvisée s’invite au salon. L’expérimentation participative du « salon »
« L’important c’est de participer », reste à savoir comment
Le Nouveau Théâtre Populaire : une utopie ?
Comment faire d’un festival un acteur permanent d’une scène urbaine ? L’exemple de Premiers Plans à Angers
Des scènes artistiques à l’épreuve de l’évaluation. Ce que révèle l’impératif évaluatif dans le secteur artistique et culturel
Biblio
Une fabrique d’histoires
Décrypter, comprendre et maîtriser sa présence en ligne
Culture, territoires et développement : des implications hétérogènes