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Droits culturels : controverses et horizons d'action

Il n'y a pas de culture en soi

jean-pierre saez

Tout comme les notions d’identité et de territoire, celle de culture se prête difficilement à une définition positive car elle risque toujours d’exclure l’un de ses sens. Dans la vie courante, chaque sujet social est appelé, selon son histoire, à imbriquer de manière singulière les multiples registres de la culture. Pour éviter les malentendus, toute discussion sur les droits culturels devrait prendre plus clairement appui sur ce substrat. Le récit qui suit voudrait éclairer ce propos.

Lorsque j’étais adolescent, une personne de mon entourage m’avait un jour tenu ce propos : « Tu sais, ce n’est pas parce que je ne sais pas lire ou écrire que je ne suis pas cultivée… ». Sans m’en apercevoir alors, je venais de prendre ma première leçon sur ce qu’est la culture : si elle est une somme articulée de références, de significations, de connaissances, (l’expérience est aussi une connaissance…) permettant de mieux se mouvoir dans le monde, de s’y confronter plus librement, la culture ne saurait se réduire au contenu de l’encyclopédie des belles-lettres et des beaux-arts, comme un esprit trop cartésien, et surtout immature, pourrait le penser. En même temps, il est vrai qu’une plus grande maîtrise de la culture, peut s’avérer un formidable outil d’émancipation.

La personne dont je parle – appelons-la Esther – fut dès son enfance mise au travail. Placée au service de la petite bourgeoisie coloniale dans son pays d’origine, elle avait pour tâche d’emmener les enfants de la famille à l’école... Si son illettrisme a pesé toute sa vie comme un fardeau, elle a su aussi en contourner les difficultés, non seulement parce qu’elle était accompagnée dans ses démarches par l’assistante sociale ou par ses enfants, mais aussi parce qu’elle avait élaboré différentes solutions pour affronter des situations où son « handicap » la mettait en difficulté. « Excusez-moi, Monsieur, je n’ai pas mes lunettes sur moi… » : voici l’une des façons dont elle usait pour se sortir de son affrontement régulier avec l’Administration et les papiers à remplir. Malgré la conviction qui l’animait et dont elle m’avait fait part avec une clarté qui m’ébranla, elle éprouvait un sentiment de gêne, de honte, à avouer cette faiblesse qui la constituait et qui s’est cristallisée comme une part négative de son identité. Cependant, dans son milieu d’origine, l’illettrisme des jeunes filles était plus que toléré. Il était, dans le milieu culturel et social d’Esther, la norme. Devant faire face à son destin, elle dut déployer une énergie et une croyance en soi qui lui permirent de soulever des montagnes par la suite, celles que lui opposaient la bureaucratie, la vie quotidienne, les bien-pensants.

Elle ne s’est jamais rendue d’elle-même dans une bibliothèque mais elle aimait savoir que ses enfants baignaient dans les livres. Elle prenait plaisir à aller au musée, à condition qu’elle y fût emmenée. Couturière à façon de son premier métier, elle avait un sens indéniable de l’esthétique. Sa formation de couturière aidant, elle appréciait particulièrement la représentation des drapés dans la peinture figurative. Mais elle portait aussi un regard intéressé sur les tableaux modernes et contemporains, sensible à la recherche d’association de couleurs et de formes qu’ils proposaient. Comme chacun, Esther était porteuse d’une culture digne de respect, quoique sa culture souffrît d’un déficit de repères et de savoirs qui lui eussent permis de mieux saisir le sens de sa vie et de mieux assumer le désir d’émancipation qui l’anima depuis sa jeunesse. Toutefois, observant le parcours de ses enfants par la grâce de l’école de la République, elle entrevoyait parfaitement combien l’instruction et la culture pouvaient s’avérer des outils de liberté et de progression sociale, elle qui dut en subir les séquelles de la privation tout au long de son existence. Quelle joie, quel accomplissement ce fut lorsqu’elle obtint la nationalité française et qu’elle rejoignit ainsi ses enfants dans la grande Cité, celle de la liberté, de la culture et des droits de l’être humain, celle qui proclame devant sa porte d’entrée « liberté, égalité, fraternité ».

Ce qu’il y avait de plus remarquable chez Esther, c’était cette capacité à se raconter, à dire son histoire avec la certitude qu’elle portait une dimension romanesque à nulle autre pareille, et que cette histoire méritait d’être « biographiée » : sans avoir jamais lu un roman ou un récit de vie, sans imaginer exactement la part de mise en scène, de reconstruction, de stylisation qu’implique un tel ouvrage, Esther savait que sa vie méritait, justifiait un livre. Comment cette idée a-t-elle germé en elle ? De son goût pour les histoires transmises par la culture populaire ? De la compréhension du romanesque que lui donna sa culture cinématographique ? Le rêve de ce livre, constamment entretenu tout au long de sa vie, témoignait en quelque sorte, du versant positif de l’image de soi que nourrissait Esther, de la fierté qu’elle tirait d’une vie de peine et de tumulte, qui n’excluait pas une conscience de ses lacunes. Le rêve de ce livre a tenu lieu de baume réparateur, de résilience dirait Boris Cyrulnik, par rapport à tous les malheurs que connut Esther dès sa plus tendre enfance, et notamment celui d’avoir été privée d’école, d’écriture et de lecture, avec les conséquences qui s’ensuivirent. Ce qui affleurait dans son discours pourrait être traduit ainsi : « Bien que je sache si peu lire ou écrire, je sais que je suis un livre, que ma vie a sa place dans les bibliothèques, et que parlant de moi, il parlera de et à l’humanité toute entière ». Car c’est bien à l’humanité que voulait s’adresser Esther. Comme un écrivain ou n’importe quel autre artiste, somme toute.

Il n’y a pas de conclusion univoque à tirer de cette histoire. Tout son intérêt réside dans la tension et les paradoxes qu’elle révèle à l’intérieur de l’idée de culture :
- Chaque personne est porteuse de culture et cette culture mérite d’être reconnue dans sa dignité.
- Il n’y a pas de culture en soi.
- Tout le monde a droit à la culture.
- Toute culture est interculture.
- La culture est ce qui nous permet de nous rapprocher de l’Autre, de combattre nos propres préjugés, ces idées préconçues qui parfois « prennent la parole en nous-mêmes ».
- Nous nous grandissons de la culture d’autrui. Nous ne nous grandissons que par la culture d’autrui.
- La culture c’est ce qui nous élève au-dessus, non pas de l’Autre mais de nous-même, c’est ce qui nous permet de prendre de la distance, y compris avec nous-mêmes pour mieux nous situer dans le monde.
- Chacune et chacun devrait avoir le droit de choisir sa culture. Personne ne devrait être assigné à une « appartenance culturelle ». Personne ne devrait être prédéterminé dans son rapport à la culture par ses origines sociales.
- La culture est ce qui a vocation à nous relier. Tout ce qui nous relie nous rend davantage humain.
- Il n’est pas toujours aisé de se comprendre, de faire culture commune.
- Dans la culture s’entremêlent valeurs humaines, connaissance et expérience.
- Mon inculture est un univers en expansion permanente…
- Il me manque toujours un peu plus de culture pour aller de ma « culture inconsciente » à ma « culture consciente ».
- La culture nous grandit comme citoyen. Être citoyen aujourd’hui veut dire être citoyen du monde.
- Nous avons tous besoin de culture, de médiation, de transmission pour grandir. Nous avons besoin de grandir à tout âge.
- La culture n’est une école de tolérance et de respect que si on fait le choix de l’accorder à ces valeurs.
- La culture, c’est comme l’amour, plus on la partage, plus on s’enrichit. Et comme l’amour, on peut la partager sans s’appauvrir !




Sommaire

Édito
Il n'y a pas de culture en soi
Dossier
Les dessous des droits culturels
Les droits culturels consacrés par la loi : et après ?
Le point de vue de deux députés
Les droits culturels : un outil d’interrogation et non une réponse
Ce que les droits culturels f(er)ont aux politiques culturelles
L’humanisme, une valeur à partager entre différentes cultures. À quelles conditions ?
Pluraliser l’universel
Goutelas, espace civique et culturel en milieu rural
Comment évaluer la prise en compte des libertés/droits culturels ?
Droits culturels de l’enfant : l’enfant n’est pas un simple passeur de culture
Ces dilemmes qui nous égarent : pour une conception « en commun » du travail culturel
Les droits culturels des personnes : une volonté, une méthode
Les droits culturels à la MC93 : conforter la visée universelle et populaire du théâtre public
La culture, la cerise et le gâteau. Les droits culturels et le Décret sur les centres culturels en Fédération Wallonie- Bruxelles
 
Le droit international des droits culturels au service des politiques culturelles ?
Une application de la convention de Faro : Hôtel du Nord
Saint-Denis : un schéma d’orientations culturelles au regard des droits culturels
Les droits culturels à l’épreuve du terrain : dialogue entre deux directeur-trice-s de la culture
Participation des habitants à la vie culturelle : l’expérience sinagote
Le Forum des Lucioles : un espace de débat sur les droits culturels
L’art en régime démocratique : divergences d’interprétation
Les droits culturels : une évidence à défendre
L’accès à la culture, un moyen de faciliter l’accueil des migrants ?
Un musée de l’immigration pour enrichir le récit national
Multaka : rendez-vous au musée. Des refugiés, guides dans les musées berlinois
Un nouvel horizon pour nos politiques culturelles
Focus sur une rencontre professionnelle
Culture, entrepreneuriat et numérique : vers un lien à composer
Biblio
Quel rôle les institutions culturelles peuvent-elles jouer dans la démocratisation ?
L’artiste, un urbaniste (pas) comme les autres ?
Au-delà de la métaphore, le chantier comme opérateur esthétique