
Quel rôle est donné à l’art dans les politiques de gestion du logement social ? Que produisent les actions culturelles des bailleurs en contexte d’habitat social et dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville ?
L’action artistique et culturelle menée ou soutenue par les acteurs du milieu HLM s’est développée ces dernières années – bien qu’elle ne soit pas encore généralisée – dans un contexte où l’État et d’autres collectivités cherchent de plus en plus à renforcer leur coopération avec les opérateurs de logements sociaux et où les missions de ces derniers se sont élargies (cadre de vie, interventions artistiques et socio-culturelles, etc.), en lien avec les politiques de renouvellement urbain.
Les actions culturelles menées par les bailleurs présentent une grande diversité : animations ponctuelles, création de fresques et sculptures, résidences d’artistes, ateliers de pratiques artistiques, festivals, etc. À travers ces actions, ils cherchent à répondre à une pluralité d’enjeux: accès à la culture, changement d’image, transformation du cadre de vie, cohésion sociale, prévention des incivilités et sécurisation, transformation des relations entre bailleurs et locataires, etc.

© Erwann le Gars
L’engagement des bailleurs sociaux dans ce domaine reste toutefois hétérogène, avec la mobilisation de compétences et de moyens inégaux, et les actions diffèrent par leur organisation, les disciplines mobilisées, les publics visés et les éventuelles modalités de restitution.
Le bailleur Toit et Joie – Poste Habitat, principale société du groupe Poste Habitat, mène une action culturelle volontariste qui se traduit notamment par une vingtaine à une trentaine de projets conduits chaque année avec des locataires et habitants, dans des résidences, dans des structures de proximité, ou dans l’espace public, sur une durée d’au moins six mois, pouvant aller jusqu’à deux ou trois ans.
Riche d’une expérience originale à l’interface entre le secteur HLM et le domaine culturel, Toit et Joie – Poste Habitat a souhaité engager en 2024 une réflexion sur ses modalités d’intervention pour analyser comment se structurent ses actions culturelles – en accordant une attention particulière aux partenariats – et leurs implications locales : comment les actions sont-elles reçues et appropriées par les locataires et par d’autres publics mobilisés ? Quels sont les processus participatifs en œuvre ?

L’OPC s’est associé au laboratoire de recherche PLACES de CY Cergy Paris Université pour la mise en œuvre de cette enquête sur l’action culturelle du bailleur. Elle a été réalisée en 2024-2025 par Camila van Diest (chercheuse post-doctorale, laboratoire PLACES – CY Cergy Paris Université et OPC), Natacha Gourland (maîtresse de conférences à l’Université d’Évry-Val d’Essonne au laboratoire IDHES, associée au laboratoire PLACES), Anne Hertzog (maîtresse de conférences en géographie, directrice du laboratoire PLACES – CY Cergy Paris Université) et Samuel Périgois (chargé de recherche à l’OPC).
La démarche a croisé plusieurs méthodologies qualitatives (observations, entretiens semi-directifs et échanges avec divers profils de personnes (1), analyse documentaire, etc.) complétées par une enquête par questionnaire lors d’un temps festivalier.

À partir d’un échantillon de six projets en Île-de-France et en Normandie, l’enquête a examiné les actions artistiques et culturelles impulsées par Toit et Joie – soulignant la diversité des dispositifs, des disciplines et des acteurs impliqués – et les articulations entre les projets, les territoires et les vécus des habitants. Elle s’est particulièrement penchée sur les expériences des participants et la perception des projets par les différents acteurs mobilisés, révélant un certain nombre de défis propres aux actions culturelles menées en contexte d’habitat social, notamment en matière de participation.
(1) Habitants et bénéficiaires des actions, artistes, intervenants culturels, représentants de structures de proximité, personnels de Toit et Joie et d’autres bailleurs, services de l’État et collectivités…